• - RETOUR SUR LA « PERESTROÏKA » DE GORBATCHEV : UNE FAUSSE CONTRE-RÉVOLUTION !

    Mutation du capitalisme en crise ou « contre-révolution » ?

    En réponse à un texte de Jean-Marie Chauvier, datant de 2016, et récemment republié sur VLR :

    http://mai68.org/spip2/spip.php?article3326

    http://mai68.org/spip2/IMG/doc/Qui-a_tue-URSS.doc

    « QUI A TUE L’URSS, QUI EST RESPONSABLE, ET DE QUOI EST-ELLE MORTE ? » [ >>> En doc PDF]

    En effet, de quoi nous parle-t-il ? De la fin de l’URSS ? Formellement, oui, en apparence…

    En réalité il tente surtout de faire une défense de Gorbatchev et de sa perestroïka, ce qui n’est pas la même chose…

    Il joue au départ sur le terme « communisme » pour introduire le confusionnisme entre les périodes de l’histoire de l’URSS, qui n’a jamais réellement prétendu être arrivée au stade du communisme, mais se prétendait encore néanmoins « socialiste » sous Gorbatchev.

    Or l’auteur lui-même conteste la qualification « socialiste » de l’URSS Gorbatchevienne… Et dans ce cas, à quoi bon la défendre, si ce n’est pour défendre une forme particulière de capitalisme ???

    Donc, c’est de la fin de cette forme de capitalisme, qu’il veut nous parler, en réalité, et non pas de la fin de l’URSS…

     

    Formellement, ce qu’il nous présente comme la « fin de l’URSS », selon lui, c’est donc le passage d’une forme de capitalisme « gorbatchevien », qu’il tente de nous présenter comme une sorte de « modèle inachevé », à une forme de capitalisme plus « libéral », et même ultra-libéral, en fait !

    Gorbatchev aurait été en quelque sorte le promoteur d’un nouveau modèle économique fondé sur un capitalisme « démocratique » fondé sur l’autogestion… En réalité, et très formellement, un modèle déjà idéalisé en occident par la petite bourgeoisie « progressiste » depuis la fin des années 60.

    Or, de son aveu même, sur le terrain, qu’il semble connaître assez bien, c’est juste une chimère pour duper la classe ouvrière et rien d’autre… Un moyen de lui faire accepter des « réformes » qui ne sont que l’officialisation d’une forme de capitalisme de fait, déjà restauré depuis longtemps, mais qui n’avait pas la capacité idéologique de s’assumer, au pays des soviets, et pour cause…

    En URSS comme partout, c’est la base économique qui commande les changements de la superstructure politique et idéologique, et non l’inverse. Et donc à quoi bon tout ce baratin dégoulinant d’hypocrisie sur la vie sociale et culturelle dans l’URSS « finissante » pour tenter d’expliquer et de justifier la « perestroïka » qui n’est que la liquidation formelle de ce qui était déjà liquidé depuis longtemps en termes de base économique. Certes la faillite économique la plus spectaculaire et la plus cruelle pour le prolétariat russe s’est effectivement produite dans les toutes dernières années de la perestroïka et surtout pendant le règne d’Eltsine. Mais il en va de ce krach économique capitaliste comme de tous les autres, point barre. Il ne se produit qu’à la suite d’un cycle qui voit une accumulation de facteurs de crise atteignant à un moment donné le point de rupture d’un équilibre précaire devenu intenable. Or c’est bel et bien sous Gorbatchev que cette accumulation a atteint ce point de rupture.

    Et elle n’a pu l’atteindre que parce que ce cycle de crise en gestation avait commencé bien avant lui. Il n’a fait, au plus, qu’accélérer son mûrissement et ce serait donc là son mérite ? Alors qu’en réalité il n’a précisément fait que balayer les dernières « résistances » face au développement d’un capitalisme des plus classiques, et même des plus primitifs et archaïques, carrément mafieux, et qui n’osait pas dire son nom, de peur d’être rejeté par le prolétariat et le peuple.

    C’est cela la seule justification de tout ce baratin idéologisant. C’est cela la seule « réussite » de Gorbatchev, et en réalité, son seul « mérite » aux yeux de l’auteur : il a précisément réussi à endormir le prolétariat et le peuple pour lui faire avaler la perte de ses derniers acquis sociaux au nom de la « perestroika »… De « socialisme » il n’y en avait déjà plus depuis longtemps…

    Les « résistances » qu’il voit à ce processus sont simplement celles d’une partie « sincère » de la société soviétique, qui croyait encore en ses propres valeurs. Une partie qui avait déjà perdu le contrôle depuis des décennies mais servait encore malgré elle de paravent au capitalisme mafieux instauré par la bureaucratie khrouchtchevienne et ses avatars ultérieurs.

    Historiquement, c’est bien sous Khrouchtchev que s’opère la « mutation », contre-révolution en réalité, de la société sovietique. C’est bien sous Khrouchtchev que sont initiées toutes les « réformes » que Gorbatchev ne fera que parachever. Entre les deux Brejnev n’a fait que « temporiser », simplement pour reculer le point de rupture économique qu’il voyait clairement venir. Non pour « restaurer » quoi que ce soit du socialisme, mais simplement pour préserver la puissance de l’URSS dont se prévalait la bourgeoisie bureaucratique au plan international. Simplement un réflexe de bourgeoisie nationale bureaucratique, et qui se donnait donc un vernis social-chauvin pour duper le peuple, comme tant d’autres en Occident, du reste. Et simplement aidée en cela par le « boom » pétrolier qui lui permettait de masquer son incurie économique.

    Même s’il y a nécessairement un décalage entre les graphes, on voit bien que le recul du développement économique en URSS suit la courbe du prix du pétrole dont il dépend.

     

    https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/03/pib-urss-russie.png?w=752&h=471

    https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2019/03/pib-urss-russie.png 

     

    https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/08/titre-petrole.jpg?w=799&h=427

    https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/08/titre-petrole.jpg

     

    Un autre graphe particulièrement révélateur est celui de la cassure démographique en URSS, qui a bien son origine dans la contre-révolution khrouchtchevienne, et non pas dans la transition Gorbatchev-Eltsine, contrairement à ce qu’avancent les défenseur de la « perestroika »…

     

    https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/07/graphe-duree-de-vie-urss-russie.jpg?w=797&h=712

     

    https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2018/07/graphe-duree-de-vie-urss-russie.jpg 

     

    La stratégie d’effondrement des cours du pétrole pratiquée à l’époque de la transition Brejnev/Gorbatchev par l’impérialisme US se retrouve, du reste, actuellement, contre la Russie de Poutine et ses alliés.

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/05/prix-du-petrole-effondrement-des-cours-et-effondrement-dune-theorie-pseudo-marxiste-leniniste/

    La liquidation de la base économique socialiste, et notamment agricole, elle a bien lieu sous Khrouchtchev, et non pas sous Gorbatchev ou même sous Brejnev, contrairement à ce que sous-entend l’auteur.

    On ne peut pas rependre en un post chacun des problèmes économiques évoqués par l’auteur, mais ce point est particulièrement révélateur parce qu’on en a des traces écrites suffisamment évidentes de diverses sources…

    >> Selon l’auteur :

    « L’agriculture est le « talon d’Achylle » de l’économie soviétique depuis la collectivisation. Les moyens techniques mis à sa disposition sont insuffisants – en matière de « chimisation » et d’intensification, l’URSS est largement en retard sur les pays industrialisés. Ils ne compensent pas la destruction des savoirs paysans et l’absence d’autonomie réelle des kolkhozes (fermes collectives) et sovkhozes (fermes d’état). Malgré des investissements massifs depuis 1965, dans le monde rural vidé de ses migrants et de ses villages « non perspectifs », la production agricole baisse : d’une moyenne de +3% dans les années 1960 elle tombe à +1% dans la décennie suivante. Les récoltes moyennes de céréales passent de 149,5 millions de t en 1960-70 à 184,5 en 1976-80. La population urbaine ayant augmenté de cent millions dans cette même période, il faut importer des céréales, l’autosuffisance alimentaire n’est plus assurée. La stabilité des prix était à la base du compromis social établi au lendemain des hausses de 1962 et des émeutes qu’elles avaient provoqué à Novotcherkassk. »

    [Novotcherkassk >>> en réalité une grève et une révolte prolétarienne parties d’une usine modèle de locomotives et que Khrouchtchev fait écraser dans le sang.]

    Pour justifier sa thèse, l’auteur en est réduit à inverser les causes et les effets. Si la désertification des campagnes se produit à cette époque, ce n’est pas à cause de la collectivisation, déjà vielle de plusieurs décennies, mais bien à cause de la faillite agricole générée par la politique de Khrouchtchev.

    Selon Wikipédia :

    « Khrouchtchev voulut abolir les Stations de Machines et de Tracteurs (SMT) qui possédaient les plus grands engins agricoles comme les moissonneuses-batteuses et les tracteurs et assuraient le labourage en transférant leurs équipements aux kolkhozes et aux sovkhozes (fermes d’état). Après un test réussi dans lequel les SMT approvisionnaient un seul grand kolkhoze chacun, Khrouchtchev ordonna une transition graduelle mais demanda ensuite à ce que les changements aient lieu plus rapidement. En moins de trois mois, plus de la moitié des SMT avaient été fermés et les kolkhozes avaient l’obligation d’acheter les équipements sans réduction de prix pour les machines vieillissantes ou usées. Les employés des SMT, ne souhaitant pas s’associer aux kolkhozes et perdre leurs avantages salariaux et le droit de changer de travail, partirent pour les villes ce qui entraîna une pénurie d’opérateurs qualifiés. Le coût des équipements, des bâtiments de stockage et des réservoirs de carburant appauvrit de nombreux kolkhozes. Sans les SMT, le marché pour les équipements agricoles soviétiques s’effondra car les kolkhozes n’avaient ni l’argent ni les spécialistes pour acheter de nouveaux équipements. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikita_Khrouchtchev

    C’est bien le résultat de la politique agricole khrouchtchevienne, sur les SMT comme sur le reste, même selon Wikipédia, qui a entraîné la rupture de l’autosuffisance alimentaire de l’URSS. Malgré toutes les difficultés, qui sont indéniables, il est impossible d’expliquer, autrement, comment l’URSS, ruinée deux fois par les impérialistes, une première fois durant la guerre « civile », et une deuxième fois, par les nazis, a pu néanmoins se hisser au rang de seconde puissance mondiale en une dizaine d’années à chaque reprise, 1931-1941, après la « dékoulakisation », et 1945-1955, après la « dénazification »…

    La politique appliquée par Khrouchtchev avait cependant déjà été préconisée par les révisionnistes dès 1952, au 19ème et dernier Congrès du Parti Bolchévique.

     

    Ci-dessous, en PDF, la réponse de Staline :

    https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2016/11/j-staline-reponse-a-sanina-et-venger.pdf 

     

    Ce que Staline a combattu, ce ne sont pas les prétendues fantasmagories paranoïaques alléguées par les « historiens » occidentaux, mais bien les tentatives bien réelles, de la part des révisionnistes, de liquider le socialisme en URSS . Ce qu’ils ont réussi avec Khrouchtchev, et que Gorbatchev n’a fait que parachever, avec le soutien de la plupart des idéologues « de gauche » occidentaux, dont l’auteur de cette « étude », particulièrement révélatrice, si on sait la décrypter :

    « Des réformes « marchandes » ont été impulsées, en 1965 par le premier ministre Alexei Kossyguine (il faudrait aussi revenir sur ces réformes !) et le conservateur Léonid Brejnev a au moins tenté un réinvestissement massif dans l’agriculture. La réforme Kossyguine a été abandonnée au vu des développements politiques qu’elle avait produit en Tchécoslovaquie. Des expériences se sont poursuivies dans les années 1970, de gestion plus « libérale » dans un cadre limité d’entreprises ou de kolkhozes. Elles ne pouvaient se répandre en raison du « dogme » de la fixation centralisée des salaires (donc de leur nivellement) et de l’interdiction des licenciements collectifs. Les entreprises étaient poussées à la rentabilité, et leurs cadres récompensés en conséquence, mais leurs directeurs n’étaient pas « de vrais patrons » libres d’agir pour devenir compétitifs. N’empêche : une activité informelle – troc, marché gris, marché noir- « libérait l’initiative », accumulant du capital « illégal » et favorisant la corruption et le vol des biens publics, la formation de sortes de « mafias » à la fois souterraines et disposant de relais au sein de l’appareil d’état. »

    Conclusion : oui, l’auteur sait de quoi il parle, et il fait délibérément l’apologie du capitalisme, et même du capitalisme mafieux (*), même s’il nous l’emballe sous l’hypocrisie dégoulinante « autogestionnaire » de la petite bourgeoisie « de gôche ».

    Luniterre

    (* https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/10/lenfer-des-gangs-de-la-fin-de-lurss-a-la-russie-actuelle.pdf  )

     

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    https://tribunemlreypa.wordpress.com/octobre-1917-2017-centenaire-de-la-russie-sovietique-pour-les-proletaires-lhistoire-comme-drapeau/

     

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    https://tribunemlreypa.wordpress.com/economie-politique-du-socialisme/

     

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