• - Le marxisme était-il à la base du socialisme en URSS, et quelles leçons peut-on en tirer ?

    - Le marxisme était-il à la base du socialisme en URSS, et quelles leçons peut-on en tirer ?Les bolchéviques ont-ils établi leur programme économique en fonction des critères et des lois économiques décrites par Marx, et s’y sont-ils tenus au cours du développement de l’URSS, et quelles leçons peut-on tirer de l’expérience ?

    Il ne s’agit pas, dans cet article, d’une étude exhaustive, mais de revenir sur quelques principes de base qui ont été abordé au cours des récentes polémiques, et de répondre ainsi, une nouvelle fois, aux assimilations que tentent de faire certains prétendus « communistes prolétariens », comme M. Bibeau, par exemple, sur son site « Les 7 du Québec », pour déformer systématiquement les analyses et études présentées ici sur TML, à coup de citations tronquées, et créer une confusion entre capitalisme et socialisme, et prétendre en plus la valider sous prétexte de l’ « éclaircir  » !

     

    Comme on l’a rappelé à l’occasion du centenaire d’Octobre,le capitalisme, provisoirement vaincu, pendant quelques décennies, par cette Révolution en Russie puis dans l’ensemble des pays qui ont formé l’URSS et quelques autres, à la suite, est un type de relation économique lié à l’histoire de la bourgeoisie, une classe sociale qui a déjà 1000 ans d’existence et dont l’expérience économique et politique est à la fois multiséculaire et multiforme, avec une grande faculté d’adaptation et une grande capacité de se « conserver » et de « réagir », au sens précisément « réactionnaire » contre tout ce qui la menace, avec à la fois une férocité implacable dans la répression et une grande rouerie pour renverser les rôles et se poser dans le rôle de la « victime » des révolutionnaires qui veulent se libérer de sa domination.

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/octobre-1917-2017-centenaire-de-la-russie-sovietique-pour-les-proletaires-lhistoire-comme-drapeau/

    Ceci dit, mille ans d’histoire, ce n’est pas mille ans au pouvoir et il lui a fallu près des trois-quarts de ce temps, soit plus de 7 siècles pour devenir tout à fait la classe dominante, après de nombreuses tentatives insuffisantes et rechutes sous la coupe de l’aristocratie.

    Mais ce qui a fait la force irrésistible de son ascension, ce sont les fondamentaux de son développement économique, ceux qui lui ont permis d’élargir et d’accumuler le capital qui en a fait la classe des possédants, et d’abord et avant tout, des possédants des moyens de production.

    Ce sont ces fondamentaux, les lois économiques qui sous-tendent son développement, que Marx a tout d’abord étudié, analysé et décrit dans son œuvre majeure, Le Capital.

    C’est à partir de la logique interne du mode de production capitaliste que Marx a pu montrer que ce développement menait à des cycles de crises et à une limite en possibilité d’élargissement du capital, et donc aussi à une limite à la fonction dominatrice de cette classe dans l’histoire des sociétés et civilisations humaines. Néanmoins l’histoire humaine montre qu’aucune classe dominante, surtout sur un temps aussi long, ne cède cette fonction de bon gré ni par goût de favoriser le progrès humain… !

    C’est ce que l’on a vu, récemment, avec la crise actuelle et le rôle grandissant de la robotique, accélérant, en fait, le processus de la crise systémique en cours.

    Alors même qu’elle n’a plus d’opposition réelle, en tant que force politique organisée, la bourgeoisie s’acharne à échafauder des stratégies de plus en plus complexes, tortueuses et souvent carrément machiavéliques pour survivre à tout prix à l’impasse de sa propre crise.

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/03/la-societe-de-larnaque-un-theme-de-reflexion-pour-2018/

    Par simple comparaison on peut imaginer, même sans connaître l’histoire en détail, la folle énergie qu’elle a dépensé au cours de la survie de l’URSS pour en venir à bout, et par tous les moyens.

    En URSS même, la bourgeoisie ne s’est pas évaporée entièrement dans l’émigration et on peut imaginer aussi toutes les stratégies d’adaptation et la duplicité qu’elle a pu déployer pour compenser sa défaite sur le terrain de la lutte sociale et militaire.

    L’idée même de socialisme n’a quant à elle guère plus d’un siècle et demi, et ses premières concrétisations sur le terrain, encore moins.

    Si Marx a eu mille ans d’histoire de la bourgeoisie à étudier pour en déduire les lois fondamentales du capitalisme, il n’avait pas même un siècle de développement du prolétariat industriel à étudier pour comprendre ses possibilités de réorganisation de l’économie et les fondamentaux d’un nouveau développement économique qui pourrait s’en dégager. Il n’a pu progresser, dans ce domaine, que par approches successives et par déductions prospectives, au fur et à mesure des questions qui se posaient aux partis prolétariens.

    C’est en 1875, et en réponse aux propositions programmatiques d’unification du parti social-démocrate allemand, alors encore un parti prolétarien, qu’il a formulé au mieux les principes d’un programme économique de transition entre capitalisme et communisme, qu’il a lui-même désigné comme première phase du communisme, et que l’on a couramment désigné par la suite comme socialisme, pour la distinguer de la phase supérieure du communisme, dans sa forme aboutie. Forme qui n’est donc jamais apparue nulle part sur la planète, vu le rapport de forces constamment dominant en faveur du capitalisme, même à l’apogée de l’extension du socialisme.

    Ce texte essentiel de Marx, c’est la célèbre Critique du Programme de Gotha, dont le passage clef reprend, comme principe de base économique de la transition la non moins célèbre Loi de la valeur, basée sur la notion de valeur-travail, telle qu’il l’a mis à la base de toute son œuvre, et d’abord de son ouvrage majeur, au chapitre 1 du Livre 1 du Capital… !

    http://inventin.lautre.net/livres/MARX-Le-Capital-Livre-1.pdf

     

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/marx-marxisme-critique-du-programme-de-gotha-glose-marginale-1-les-fondamentaux-economiques-de-la-transition-socialiste-proletarienne/

     

    Une évidence qui est aujourd’hui ignorée ou même le plus souvent carrément reniée par la plupart des prétendus « marxistes » et autres pseudos « communistes prolétariens »…

    Mais dès la rédaction du Capital il en avait posé le principe de base, celui de la planification :

    « Représentons-nous enfin une réunion d’hommes libres travaillant avec des moyens de production communs, et dépensant, d’après un plan concerté, leurs nombreuses forces individuelles comme une seule et même force de travail social. Tout ce que nous avons dit du travail de Robinson se reproduit ici, mais socialement et non individuellement. Tous les produits de Robinson étaient son produit personnel et exclusif, et, conséquemment, objets d’utilité immédiate pour lui. Le produit total des travailleurs unis est un produit social. Une partie sert de nouveau comme moyen de production et reste sociale ; mais l’autre partie est consommée et, par conséquent, doit se répartir entre tous. Le mode de répartition variera suivant l’organisme producteur de la société et le degré de développement historique des travailleurs. Supposons, pour mettre cet état de choses en parallèle avec la production marchande, que la part accordée à chaque travailleur soit en raison son temps de travail. Le temps de travail jouerait ainsi un double rôle. D’un côté, sa distribution dans la société règle le rapport exact des diverses fonctions aux divers besoins ; de l’autre, il mesure la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun, et en même temps la portion qui lui revient dans la partie du produit commun réservée à la consommation. Les rapports sociaux des hommes dans leurs travaux et avec les objets utiles qui en proviennent restent ici simples et transparents dans la production aussi bien que dans la distribution. »

    C’est ce principe qu’il a ensuite développé dans la Critique du Programme de Gotha (Ci-après dénommée CPG) en réponse aux conditions concrètes auxquelles le parti social-démocrate allemand devait faire face, lors de la rédaction de son programme d’unification :

    « Si nous prenons d’abord le mot « produit du travail » (Arbeitsertrag) dans le sens d’objet créé par le travail (Produkt der Arbeit), alors le produit du travail de la communauté, c’est « la totalité du produit social » (das gesellschaftliche Gesamtprodukt).

    Là-dessus, il faut défalquer :
    Premièrement : un fonds destiné au remplacement des moyens de production usagés;
    Deuxièmement : une fraction supplémentaire pour accroître la production;
    Troisièmement : un fond de réserve ou d’assurance contre les accidents, les perturbations dues à des phénomènes naturels, etc.

    Ces défalcations sur le « produit intégral du travail » sont une nécessité économique, dont l’importance sera déterminée en partie, compte tenu de l’état des moyens et des forces en jeu, à l’aide du calcul des probabilités; en tout cas, elles ne peuvent être calculées en aucune manière sur la base de l’équité.

    Reste l’autre partie du produit total, destinée à la consommation.

    Mais avant de procéder à la répartition individuelle, il faut encore retrancher :

    Premièrement les frais généraux d’administration qui sont indépendants de la production.
    Comparativement à ce qui se passe dans la société actuelle, cette fraction se trouve d’emblée réduite au maximum et elle décroît à mesure que se développe la société nouvelle.

    Deuxièmement : ce qui est destiné à satisfaire les besoins de la communauté : écoles, installations sanitaires, etc.
    Cette fraction gagne d’emblée en importance, comparativement à ce qui se passe dans la société actuelle, et cette importance s’accroît à mesure que se développe la société nouvelle.

    Troisièmement : le fonds nécessaire à l’entretien de ceux qui sont incapables de travailler, etc., bref ce qui relève de ce qu’ on nomme aujourd’hui l’assistance publique officielle. » (in CPG)

     

    Bien évidemment, il s’agit ici des conditions de l’époque, et ce n’est pas le détail de leur liste qui importe, mais le principe même de fonds collectifs adaptés aux besoins sociaux collectifs et au développement économique de la collectivité.

    C’est là, en quelque sorte, l’équivalent de ce que nous avons ébauché récemment, comme actualisation, avec les huit points proposés au débat par le Collectif Marxiste-léniniste Octobre! :

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017-pour-sortir-de-limpasse-la-revolution-du-retour-au-reel/

    Selon le même principe fondamental, la loi de la valeur et la notion de valeur-travail, Marx décrit ensuite le mode de répartition individuelle entre les travailleurs devenus producteurs associés collectivement, en fonction des quantums de travail socialement nécessaires :

    « Ce à quoi nous avons affaire ici, c’est à une société communiste non pas telle qu’elle s’est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste; une société par conséquent, qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l’ancienne société des flancs de laquelle elle est issue. Le producteur reçoit donc individuellement – les défalcations une fois faites – l’équivalent exact de ce qu’il a donné à la société. Ce qu’il lui a donné, c’est son quantum individuel de travail. Par exemple, la journée sociale de travail représente la somme des heures de travail individuel; le temps de travail individuel de chaque producteur est la portion qu’il a fournie de la journée sociale de travail, la part qu’il y a prise. Il reçoit de la société un bon constatant qu’il a fourni tant de travail (défalcation faite du travail effectué pour les fonds collectifs) et, avec ce bon, il retire des stocks sociaux d’objets de consommation autant que coûte une quantité égale de son travail. Le même quantum de travail qu’il a fourni à la société sous une forme, il le reçoit d’elle, en retour, sous une autre forme.

    C’est manifestement ici le même principe que celui qui règle l’échange des marchandises pour autant qu’il est échange de valeurs égales. Le fond et la forme diffèrent parce que, les conditions étant différentes, nul ne peut rien fournir d’autre que son travail et que, par ailleurs, rien ne peut entrer dans la propriété de l’individu que des objets de consommation individuelle. Mais pour ce qui est du partage de ces objets entre producteurs pris individuellement, le principe directeur est le même que pour l’échange de marchandises équivalentes : une même quantité de travail sous une forme s’échange contre une même quantité de travail sous une autre forme.

    Le droit égal est donc toujours ici dans son principe… le droit bourgeois, bien que principe et pratique ne s’y prennent plus aux cheveux, tandis qu’aujourd’hui l’échange d’équivalents n’existe pour les marchandises qu’en moyenne et non dans le cas individuel.

    En dépit de ce progrès, le droit égal reste toujours grevé d’une limite bourgeoise. Le droit du producteur est proportionnel au travail qu’il a fourni; l’égalité consiste ici dans l’emploi DU TRAVAIL comme unité de mesure commune. » (in CPG)

     

     

    En Septembre 1917, c’est à dire on ne peut guère plus « à la veille » de la Révolution d’Octobre, Lénine reprenait, dans son célèbre ouvrage L’État et la Révolution, les principes de base de la Critique du Programme de Gotha pour en faire ceux du développement du socialisme en Russie…

    LENINE Chapitre V L’Etat et la Revolution (pdf)

    Pourtant, malgré la fin des hostilités avec l’Allemagne, grâce à la paix signée à Brest-Litovsk, la mise en œuvre de cet aspect fondamental du socialisme est retardée par la nouvelle guerre enclenchée par les armées blanches, bientôt soutenues par toutes les puissances impérialistes occidentales.

    Ce que l’on appellera par la suite le « communisme de guerre » est d’abord une suite de mesures empiriques pour faire face à l’urgence, notamment basées sur les réquisitions nécessaires.

    C’est, en Mai 1918, dans une période d’accalmie relative, que Lénine proposera pour la première fois un plan de relance économique faisant cohabiter cinq types de relations économiques, y incluant à la fois la paysannerie individuelle et le secteur économique socialiste, basé sur la propriété collective des principaux moyens de production. C’est le premier plan réel de ce qui deviendra la NEP en 1921, à l’issue de la guerre civile. Ce n’est donc pas un plan entièrement socialiste, mais si le « marché » continue d’y jouer un rôle important, il n’en est pas non plus la force essentielle, encore moins, donc, la force dirigeante, et on ne peut pas parler, à son sujet, de « socialisme de marché », comme tentent de le faire aujourd’hui les révisionnistes, et notamment, les « prochinois »… ! On ne peut pas non plus parler, à son sujet de « capitalisme d’Etat », comme tentent également de le faire la plupart des anarchistes et des gauchistes, car s’il comporte bien un autre secteur économique défini par Lénine comme « capitalisme d’État », ce n’est pas non plus le secteur dominant, et, de plus, il se trouve donc sous la domination de l’État prolétarien.

    1918_Lénine_Sur l’infantilisme ‘de gauche’_(pdf)

    Une question importante qui se posait alors pour les économistes soviétiques était donc la nature de la relation entre secteur socialiste et secteur privé. En ce qui concerne le secteur privé, il ne faisait pas de doute que la loi du marché y était dominante et marquait fortement la fluctuation des prix.

    C’est malgré tout l’intervention de l’État prolétarien qui a permis à plusieurs reprises de rétablir l’équilibre, et notamment l’occasion de la célèbre « crise des ciseaux » en 1923.

    Pour les deux principaux économistes soviétiques de l’époque, Boukharine et Preobrajensky, bien que en désaccord sur de nombreux points et appartenant à des factions opposées, il y avait consensus sur le fait que la loi de la valeur ne devait plus s’appliquer au secteur économique socialiste, alors même qu’il était pourtant encore en interaction avec le secteur privé. Cela correspondait à ce qui est aujourd’hui la position de nos gauchistes contemporains, et en raison de cette domination idéologique « gauchiste », il était donc impossible de gérer ce secteur rationnellement, notamment à l’aide des concepts marxistes tels que ceux de la CPG.

    Alors même que ces économistes se posaient pratiquement en doctrinaires du marxisme, par exemple en publiant ensemble un opuscule intitulé « L’ABC du communisme » !!

    Les « interprétations » déformées de Marx faites par ces deux économistes ont déjà été abordées, sur TML, à l’occasion de cet article :

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/05/29/e-ou-a-une-seule-lettre-peut-elle-changer-le-cours-de-lhistoire/

    Trotsky, pour sa part, bien qu’officiellement allié à l’ »opposition de gauche » et le plus souvent présenté comme son « leader », préconisait d’établir le plan en tenant d’abord compte du marché, le soumettant ainsi à la loi du marché, en réalité, qui devait donc aussi réguler le secteur socialiste. Et cela même lorsqu’il s’est avéré que la NEP amenait finalement le retour des crises et du capitalisme et menaçait la survie du socialisme. Étant ainsi le précurseur du « socialisme de marché », Trotsky était surtout, en fait, le précurseur de la restauration intégrale du capitalisme !

    C’est cette dérive, en réalité tout à fait droitière, que l’on a pu mettre en évidence lors des différentes phases du débat désormais regroupées sous le titre :

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/12/04/le-bloc-et-la-faille/

    Le décès de Lénine est survenu en 1924, alors que la NEP venait déjà de connaître une première crise sous l’influence encore considérable du marché, et que la polémique entre les économistes soviétiques battait son plein. Concrètement, on sait seulement qu’il avait rejeté les thèses de Preobrajensky, alors leader des économistes de l’ « opposition de gauche ».

    Comme on l’a vu, l’opportunisme de Trotsky le menait à la fois à se poser en leader de cette « opposition » et à défendre des options ultra-droitières en économie, au point de préconiser le maintien et même l’extension de la NEP alors même qu’elle était entrée dans un cycle de crise irréversible.

    Contrairement à une idée reçue, son exclusion, en 1927, assurera donc concrètement la domination des conceptions économiques « gauchistes » concernant la gestion du secteur économique socialiste, qui allait devenir largement dominant dès le début des années 30. Ces conceptions économiques, qui assuraient essentiellement que la loi de la valeur n’avait plus cours dans le secteur socialiste, sont devenues quasiment la doxa officielle du parti en dépit des nécessités pragmatiques de la gestion sur le terrain.

    En témoigne, entre autres, ce traité d’économie politique publié en France par Louis Ségal en 1936 :

    « Dans la société socialiste, le travail ne revêt pas la forme de la valeur et ne se manifeste pas comme propriété de la marchandise. Mais cela ne veut pas dire que la loi de la valeur ne disparaît que lorsque la société socialiste est déjà entièrement construite et que dans la période de transition vers le socialisme la loi de la valeur continue d’être en vigueur. La loi de la valeur, comme loi du développement social, est abolie dès le commencement de la période de transition. La dictature du prolétariat une fois instaurée, la société s’engage dans la voie de l’abolition de la production marchande et de son remplacement par la production socialiste. “

    http://d-meeus.be/marxisme/Segal/paragraphes/chap02sec07.html

     

    Dans ces conditions, on comprend mieux que la violence des luttes politiques à l’intérieur du parti ne traduisait pas seulement des luttes d’influence entre factions pour le contrôle du pouvoir, mais d’abord la difficulté d’imposer à l’ensemble une politique cohérente de gestion économique de développement du socialisme.

    Malgré le handicap causé par ces luttes, malgré la difficulté, à cause des conceptions « gauchistes » erronées dominantes chez les économistes soviétiques de l’époque, de mener une politique de planification cohérente, le développement économique global de l’URSS, tant industriel qu’agricole, au cours des seules onze années qui ont suivi la fin de la NEP, et donc basé essentiellement sur le secteur socialiste, a permis de hisser l’URSS au niveau des plus grandes puissances économiques « occidentales », et notamment de l’Allemagne, qui se posait en menace directe contre l’URSS et en « rempart » des valeurs de l’Occident.

    Il est clair que malgré les contradictions interne de l’Occident, notamment entre le nazisme et l’impérialisme US, le monde capitaliste n’avait pas renoncé à écraser l’URSS et laissait volontiers, même si hypocritement, cette mission au nazisme !

    Il est tout aussi évident que cette menace contraignait le développement économique de l’URSS à se concentrer sur des objectifs de défense militaire et de survie qui étaient un frein à celui des objectifs sociaux, malgré tout atteints, pour l’essentiel, si l’on compare l’URSS de 1941 à la Russie de 1917. Rien d’autre ne peut expliquer, à l’évidence, la volonté farouche avec laquelle les citoyens soviétiques ont défendu leur nouvelle patrie et finalement écrasé l’envahisseur nazi.

    Dans ces conditions, les plus difficiles et les plus dramatiques, des toutes premières décennies du socialisme en URSS, il est en réalité tout à fait impossible de parler d’ »échec du socialisme », contrairement à ce que nous assène la propagande médiatique encore actuelle au service du système.

    Ne pouvant pas totalement dénigrer la réalité incontournable de la victoire de l’URSS sur le nazisme, cette propagande a donc le besoin d’assimiler l’une à l’autre puissance pour pouvoir nier, en fin de compte, la victoire du socialisme, et pour cela, elle a fondamentalement besoin de l’appui des groupes politiques prétendument d’ « exrême-gauche » dont le crédo idéologique repose sur la négation du caractère socialiste de l’URSS, tout comme de certains soi-disant « communistes prolétariens » qui tentent d’assimiler capitalisme et socialisme, et même, assez logiquement dans cet esprit néo-Kollabo, socialisme et fascisme… C’est le cas typique des récentes diatribes de M. Bibeau, par exemple…

    http://www.les7duquebec.com/7-au-front/capitalisme-et-socialisme-sont-ils-identiques/#comment-203379

    Il ne s’agit pas, ici, de points de doctrine ou de polémique, mais bien de réalité économique objective. On a vu que la planification socialiste supposait l’établissement de fonds pour les besoins sociaux collectifs. Or quel besoin social plus urgent sinon celui de la survie de la collectivité elle-même face à la menace nazie ?

    Il est donc évident que le processus d’accumulation nécessaire pour l’organisation de la défense et ensuite le passage à la contre-offensive n’est pas un processus d' »accumulation » au sens capitaliste du terme, ni « primitive » ni autrement, mais bien le résultat d’une nécessité collective de l’économie socialiste naissante.

    Il est également clair qu’à l’issue de la 2ème guerre mondiale l’Occident capitaliste, et notamment l’impérialisme US, n’entendaient toujours « rien lâcher » face au développement économique de l’URSS en voie de reconstruction et de son influence grandissante sur le reste du monde.

    De sorte que la nécessité collective d’organiser la défense ne pouvait toujours pas être mise de côté et continuait de peser sur le développement des autres objectifs sociaux.

    Incontestablement, cette pression était l’un des objectifs fondamentaux de la « guerre froide » entretenue par l’Occident capitaliste, en combinaison avec le « Plan Marshall » pour secourir les économies défaillantes de l’Europe de l’Ouest, alors que la machine industrielle US avait pu tourner à plein régime sans subir le moindre dommage sur son propre sol.

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/la-doctrine-jdanov-du-front-anti-imperialiste/

    De son côté, l’URSS devait à la fois relever ses propres ruines et contribuer à relever celles de l’Europe de l’Est, soit sur l’ensemble des régions les plus ravagées par la guerre, tant du fait des nazis que des bombardements US.

    Malgré tout, elle y est parvenue, pour l’essentiel, en quelques années, et il est donc tout à fait impossible, là encore, de parler d’ « échec du socialisme » !!

    Dans la mesure où il a répondu à l’essentiel des exigences sociales collectives et des urgences de l’époque en matière de défense de la collectivité, malgré les errements politiques diverses des factions en luttes d’influence, et notamment des tentatives trotskystes et révisionnistes pour sauvegarder et rétablir l’économie de marché, on peut donc affirmer que le développement économique de l’URSS était encore, dans la première décennie d’après guerre, de nature socialiste, et non de nature capitaliste, et que s’il y a lieu de critiquer les errements politiques qui ont amené un retournement de situation décisif à partir du XXème Congrès, il n’y a pas lieu d’établir une confusion entre la construction du socialisme en URSS jusqu’à cette époque avec le développement du capitalisme, sous quelque forme que ce soit.

    Ceux qui pratiquent cet amalgame se font délibérément les agents auxiliaires, mais effectivement indispensables au système, comme on l’a vu, de la bourgeoisie et du capitalisme.

    Par contre, il y a nettement lieu de distinguer deux grandes périodes dans l’histoire de l’URSS, même si chacune d’entre elles comprend encore plusieurs phases très distinctes.

    Cette séparation principale en deux phases autour de ce point de basculement que représente le XXème Congrès du PCUS est essentielle parce qu’elle distingue nettement, quant au fond, deux grandes périodes de nature sociales et économiques différentes.

    Mais le risque de confusion est ici bien réel et les confusionnistes ne se privent pas d’en jouer pour embrouiller les pistes de réflexion d’un public peu averti de l’histoire réelle de l’URSS et surtout, conditionné par les versions quasi similaires que se plaisent à en donner et la bourgeoisie, et les trotskystes, et les gauchistes, ainsi que la plupart des anarchistes…

    Cette question a déjà été abordée en détail dans de nombreux articles sur TML (*) et on y reviendra ici que sur quelques points qui permettent de comprendre le bilan de l’influence des fondamentaux du marxisme sur cette première période, celle de l’édification et de la défense du socialisme.

    En effet, avant que cette période ne s’achève, et malheureusement, par la contre-révolution khrouchtchevienne, un premier bilan de fond avait été tenté par les bolcheviques autour de la préparation du XIXème Congrès du parti, qui allait donc devenir, de par le fait, le dernier congrès bolchevique en URSS.

    De plus, il s’agissait précisément de trancher enfin la question des lois économiques du développement du socialisme, en vue d’établir un manuel économique édité par l’académie des sciences de l’URSS, et qui devait en quelque sorte être la synthèse de l’expérience du socialisme en URSS.

    Une première tentative en vue de remettre les économistes soviétiques au travail sur cette question avait précédemment été faite, juste avant la guerre, et cette question de fond débattue pour la première fois avec l’idée que la loi de la valeur pouvait être utilisée dans le travail de planification de l’économie socialiste.

    Toutefois, en raison des circonstances faisant évidemment passer au premier plan d’autres urgences, on comprend qu’elle n’ait pu être tranché, et le débat en était donc resté là, pour l’essentiel, jusqu’à la préparation du XIXème Congrès, en 1952. L’idée devenue classique de sa non-utilisation continuait donc de dominer, tandis que l’influence de la loi du marché était préconisée par les nouveaux révisionnistes et les résidus du trotskysme, qui étaient souvent les mêmes…

    Ici il est important de comprendre que s’il existe bien des lois économiques propres au développement du socialisme, le fait de les étudier et de les comprendre est évidemment un atout considérable pour la gestion de la planification, mais cela reste quand même distinct de leur réalité propre. De même que le fait de connaître ou non les lois de la physique ne les empêche pas de s’exercer dans notre environnement, bien que, à l’évidence, leur connaissance permette d’améliorer la technologie mise en œuvre par la civilisation humaine…

    La difficulté vient donc de la manière de comprendre et de distinguer ce qui, dans l’histoire encore naissante du socialisme, est de l’ordre des fondamentaux trans-historiques, c’est à dire de ses lois naturelles, en quelque sorte, d’avec les formes qu’ils ont pris selon les circonstances concrètes de leur application, depuis l’époque de Marx.

    Dans l’exposé même de la CPG, du reste, il faut encore distinguer ce qui est de la forme et de l’ordre du fondamental, à savoir, la règle de l’échange en valeur-travail, pour la période de transition, assortie d’une part importante de « défalcation », pour les besoins sociaux collectifs, mais qui non seulement n’en altère pas le principe, mais lui donne, au contraire, tout son sens, spécifiquement socialiste.

    La forme « bon de travail », en tant que simple forme, ne doit pas retenir notre attention outre mesure, c’est à dire autrement que comme référence à l’esprit de l’époque et moyen commode, dans cet esprit, d’expliquer le principe de l’échange en valeur-travail. Ce principe, à travers la notion de quantums de travail socialement nécessaire, n’est ni plus ni moins qu’une application conséquente, au problème de la transition, de la loi de la valeur, telle que développée à la base de l’œuvre de Marx, Capital, L I,ch 1.

    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-I-1.htm

    La première difficulté vient donc de ce que cette idée, reprise par Lénine, comme nous l’avons vu au départ, n’a malgré tout pas été mise en œuvre consciemment dans les premières décennies de l’URSS et finalement complètement abandonnée presque aussitôt que promulguée, après le XIXéme Congrès, qui a précédé de peu la victoire des révisionnistes, puis ouvertement rejetée par ceux-ci.

    C’est là que l’on comprend bien que leur volonté de remettre au premier plan des stratégies de marché dans la gestion de l’URSS est aux antipodes d’une conception socialiste et constitue bel et bien une contre-révolution, même si déguisée sous un langage de « socialisme réformé ».

    Jusque là, à cette non-mise en œuvre consciente des principes de la CPG, deux raisons historiques, dont l’une était effectivement incontournable : la nécessité d’en passer par la NEP.

    Toutefois cela n’eut altéré que faiblement les chances de les mettre en œuvre dans le secteur socialiste de l’économie soviétique, n’eût été l’influence prépondérante des économistes « de gauche », dont Preobrajensky et même Boukharine, généralement plutôt considéré « droitier », et qui avaient donc la même vue sur ce point essentiel .

    Contrairement à une opinion largement répandue, il semble donc que Staline avait jusque là nettement « ménagé » les restes de la « gauche » pour endiguer la poussée de la droite, et qu’il n’ait pas voulu imposer cette idée de manière « autoritaire », en dépit de la légende actuelle à son sujet.

    Il entendait donc faire de l’établissement du Manuel le lieu de l’éclaircissement nécessaire à ce sujet, et cela devait venir, logiquement, à la suite du XIXème Congrès. C’est pourquoi on retrouve trace de ces idées nouvelles dans les premières éditions du Manuel, 1954 et 55, en raison de l’influence de ces débats, et en dépit de la mort précoce de Staline, presque certainement une conséquence de ces luttes internes au parti, selon la plupart des historiens russes, tout comme celle d’Andreï Jdanov, précédemment, du reste.

    Mais la trace la plus révélatrice et la plus intéressante de cette époque reste donc le livre que Staline avait écrit sur ces questions en vue de la préparation du XIXème Congrès. Tout à fait à l’opposé d’un exposé synthétique de la globalité du problème, et du reste, tel qu’il le présente lui-même, il s’agit essentiellement d’une suite de réponses aux différentes propositions, qu’il avait lui-même sollicitées, pour l’établissement du Manuel et pour les débats en vue du XIXème Congrès.

    Il est clair que la synthèse finale, pour l’époque, devait être faite, par les économistes soviétiques, à l’occasion des travaux de rédaction du Manuel, à la suite du Congrès.

    Compte tenu des nouvelles circonstances crées par sa mort et la prise du pouvoir par les révisionnistes, nous n’en avons donc plus que des bribes, mais qui ne manquent pas d’intérêt, si on sait les réinterpréter par rapport au contexte.

    Quoi qu’il en soit, la synthèse reste à faire, et avec le recul du temps, elle doit évidemment tenir compte de toute l’évolution politique et économique, depuis.

    En ce qui concerne l’ouvrage de Staline lui-même, et même si ce n’est pas formulé de manière aussi synthétique, il y est clairement fait mention de trois types de relations économiques dans le socialisme en URSS.

    Si l’on veut bien admettre que la loi du développement harmonieux, telle que présentée dans cet ouvrage, est la loi en quelque sorte « naturelle » de l’économie politique socialiste, il s’agit donc clairement d’une loi qui repose sur l’échange en valeur-travail, tel que décrit par Marx dans la CPG, et les allusions que Staline fait à ce texte ne sont pas là par hasard… C’est aussi clairement ce qu’il nous explique concrètement avec cette histoire célèbre et parfaitement significative d’échanges pain-céréales-coton. Ici, c’est l’expression monétaire, le prix, qui reste la mesure relative des choses, mais manifestement, cela ne change rien au principe, qui est celui exprimé dans la CPG, et cela introduit, au contraire, l’idée d’une monnaie socialiste qui traduit la nature de ce type d’échange, à l’instar des bons de travail de la CPG, en valeur-travail.Dans un précédent article abordant le sujet, nous avions déjà cité ce passage, avec une explication de cette problématique:

     

    « C’est donc en partie par la correspondance proportionnelle, pour l’évaluation, entre termes monétaires et quantums de travail, que se détermine l’équilibre du plan, et selon sa réalisation, le développement ou non du socialisme. Discutons en un exemple concret, dans l’URSS de ce temps, que nous transposerons dans le nôtre, ensuite:

     » Il y a quelque temps on avait décidé de régler, dans l’intérêt de la culture cotonnière, le rapport des prix du coton et des céréales, de préciser le prix des céréales vendues aux cultivateurs de coton et de relever les prix du coton livré à l’État. Dès lors, nos dirigeants de l’industrie et nos spécialistes de la planification apportèrent une proposition qui ne pouvait que surprendre les membres du Comité central, puisque cette proposition fixait le prix d’une tonne de céréales à peu près au même niveau que celui d’une tonne de coton ; au surplus, le prix d’une tonne de céréales était le même que celui d’une tonne de pain cuit. Les membres du Comité central ayant fait remarquer que le prix d’une tonne de pain cuit devait être supérieur à celui d’une tonne de céréales, en raison des frais supplémentaires nécessités par la mouture et la cuisson ; que le coton en général coûtait bien plus cher que les céréales, témoin les prix mondiaux du coton et des céréales, les auteurs de la proposition ne purent rien dire d’explicite. Force fut au Comité central de prendre la chose en mains propres, de diminuer les prix des céréales et de relever ceux du coton. Que serait-il advenu si la proposition de ces camarades avait reçu force légale ? Nous aurions ruiné les cultivateurs et serions restés sans coton  »

    (Les problèmes économiques du socialisme en URSS_J. Staline_1952 )

    Les problemes economiques du socialisme en URSS (pdf)

    Dans cet exemple, bien qu’il n’y soit question que de prix, on voit bien en quoi l’échelle des valeurs y parait décalée. La différence entre une tonne de blé et une tonne de pain réside évidemment dans le travail supplémentaire qui y est incorporé, sous diverses formes, directes, par le travail des meuniers, des boulangers, et indirectes, par une part du travail de ceux qui ont fabriqué le moulin et le matériel de boulangerie.

    Et cela n’a évidemment pas changé depuis, ni ne peut changer.

    Pareillement, l’écart entre une tonne de coton et une tonne de blé réside essentiellement dans la différence des quantums de travail nécessaires pour les obtenir, en fonction des moyens de production engagés.

    Aujourd’hui comme hier, même si les techniques ont considérablement évolué, obtenir une tonne de coton livrable à la filature est différent d’obtenir une tonne de blé livrable au moulin.

    Au jour de la rédaction de cet article, la différence sur le cours mondial s’établissait ainsi:

    COTON : 1344 EUROS/TONNE (0.68 DOLL/POUND )

    BLÉ : 155 EUROS/TONNE

    Bien évidemment, cela tient en partie à la conjoncture des marchés, à des tendances particulièrement contraires, ce jour là, mais même en supposant une tendance plutôt haussière sur le blé et baissière sur le coton, il reste impossible que ces valeurs viennent à s’égaliser.

    Un rapide aperçu du travail nécessaire à l’obtention d’une balle de coton nous en fournit tout de suite la raison.

    (Voir les illustrations de cet article)

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/economie-politique-du-socialisme/

    En régime socialiste, l’établissement des prix ne se fait pas en tenant compte des fluctuations anarchiques du marché mondial, mais en tenant le compte le plus exact possible du travail socialement nécessaire.

    Cette application utile de la loi de la valeur permet d’équilibrer le plan et de rendre possibles les échanges entre tous les secteurs de la vie économique sur une base équitable. »

    C’est cette même idée que l’on retrouve encore, même si quelque peu édulcorée, dans les premières éditions du Manuel.

    Ce que Staline signifie par cet exemple est que ce principe devrait être à la base de la gestion de l’économie soviétique, ce qui n’était malheureusement pas encore le cas:

    «  La loi du développement harmonieux de l’économie nationale a surgi en contrepoids à la loi de concurrence et d’anarchie de la production sous le capitalisme. Elle a surgi sur la base de la socialisation des moyens de production, après que la loi de concurrence et d’anarchie de la production a perdu sa force. Elle est entrée en vigueur parce que l’économie socialiste d’un pays ne peut être réalisée que sur la base de la loi du développement harmonieux de l’économie nationale. C’est dire que la loi du développement harmonieux de l’économie nationale offre à nos organismes de planification la possibilité de planifier correctement la production sociale. Mais on ne doit pas confondre la possibilité avec la réalité. Ce sont deux choses différentes. Pour transformer cette possibilité en réalité, il faut étudier cette loi économique, s’en rendre maître, il faut apprendre à l’appliquer en pleine connaissance de cause ; il faut dresser des plans qui reflètent pleinement les dispositions de cette loi. On ne saurait dire que nos plans annuels et nos plans quinquennaux reflètent pleinement les dispositions de cette loi économique. »

    (Les problèmes économiques du socialisme en URSS_J. Staline_1952 )

    Il n’est donc pas douteux que c’est là le principe fondamental et central de l’économie socialiste soviétique, même s’il n’a pu être formulé correctement et encore moins, mis en œuvre correctement, du fait des influences idéologiques contradictoires et non encore éclaircies.

    Le fait qu’il implique, dans ce contexte concret, une politique monétaire socialiste, est aussi flagrant, mais comme on vient de le voir, cela ne l’altère donc en rien, quant au fond.

    Le type de relation économique induit par le système kolkhozien est à la fois autre et partie prenante de l’ensemble. Ici, le caractère « marchand » de l’échange ressort davantage, car il ne peut se plier totalement à un schéma centralisé et doit faire l’objet, dans ce cadre, d’accords particuliers dont le schéma d’ensemble doit tenir compte. Les limites du caractère « marchand » de ce type d’échange sont néanmoins parfaitement définies par Staline, et parfaitement en accord avec les principes concrets de la CPG, et même presque formellement et littéralement, du reste. Il n’y a donc là aucune réelle contradiction, mais au contraire, complémentarité, dans les conditions concrètes de l’URSS de ce temps:

    « Par conséquent, notre production marchande n’est pas une production marchande ordinaire, elle est d’un genre spécial, une production marchande sans capitalistes, qui se préoccupe pour l’essentiel des marchandises appartenant à des producteurs socialistes associés (Etat, kolkhozes, coopératives), et dont la sphère d’action est limitée à des articles de consommation personnelle, qui ne peut évidemment pas se développer pour devenir une production capitaliste et doit aider, avec son « économie monétaire », au développement et à l’affermissement de la production socialiste.

    Aussi ont-ils absolument tort, ceux qui déclarent que, du moment que la société socialiste maintient les formes marchandes de la production, il y a lieu, soi-disant, de rétablir chez nous toutes les catégories économiques propres au capitalisme : la force de travail comme marchandise, la plus-value, le capital, le profit du capital, le taux moyen du profit, etc. Ces camarades confondent la production marchande avec la production capitaliste et estiment que, du moment qu’il y a production marchande, il doit y avoir aussi production capitaliste. Ils ne comprennent pas que notre production marchande se distingue foncièrement de la production marchande sous le capitalisme. »

    (Les problèmes économiques du socialisme en URSS_J. Staline_1952 )

    De plus, les kolkhozes, à travers le système des SMT (Stations de Machines et Tracteurs), sont un moyen d’avancer, encore davantage, vers l’étape suivante, celle des échanges en nature, sans traduction monétaire nécessaire, et ils sont donc aussi le moyen d’avancer vers le communisme, et donc porteurs, concrètement, de la troisième forme d’échanges socialistes de cette époque, et la plus avancée, en réalité.

    C’est toute la signification de la réponse de Staline à Sanina et Venger, et ce pourquoi elle a été violemment rejetée par Mao Zedong, soutien inconditionnel de Khrouchtchev sur ce point fondamental.

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/11/02/maoisme-etou-marxisme-leninisme/

    C’est la première forme de relation économique socialiste, aussi, assez logiquement, à pâtir de la victoire des révisionnistes, car il n’en est plus fait mention, dès les premières éditions du Manuel.

    Quoi qu’il en soit, encore une fois et quant au fond, les trois formes, les trois types d’échanges de cette époque du socialisme, s’articulent autour du principe fondamental de l’échange en valeur-travail qui prévaut pour la période de transition.

    C’est donc ce principe qui prévaudra, dans les formes concrètes adaptées à notre époque, et en fonction des nouveaux moyens technologiques et de communication, pour une phase de transition nécessaire, et pratiquement jusqu’à l’horizon de l’automatisation totale, en tenant compte, évidemment, de la limite des ressources naturelles disponibles et de leur renouvellement.

    La synthèse la plus simple et la plus résumée que l’on puisse faire de tout cela, c’est qu’avec le socialisme la loi de la valeur cesse d’être la force régulatrice « spontanée » du marché, qui a, pour l’essentiel, disparu, mais que l’on doit l’utiliser, au sens de la CPG (quantums de travail socialement nécessaires), c’est à dire au sens de la mesure de la valeur-travail, pour régler les échanges selon l’équilibre du plan, prédéterminé non par le marché, mais par le recensement des besoins sociaux, la définition démocratique des besoins sociaux collectifs (« défalcation », au sens de la CPG), et le recensement correspondant des ressources et des forces productives existantes et nécessaire à développer pour l’aboutissement du plan/programme.

    Luniterre (Source : https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/06/le-marxisme-etait-il-a-la-base-du-socialisme-en-urss-et-quelles-lecons-peut-on-en-tirer/ )

     

    *************************

    (* Quelques articles de fond sur l’histoire de l’URSS :

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/18/doctobre-a-la-chute-de-lurss-problematique-du-rapport-de-force-et-de-la-superstructure/

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/14/un-siecle-apres-la-revolution-doctobre-1917-comprendre-lhistoire-de-lurss/

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/06/de-la-nature-de-classe-de-la-contre-revolution-khrouchtchevienne-nouveau-debat-avec-locf/

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/05/prix-du-petrole-effondrement-des-cours-et-effondrement-dune-theorie-pseudo-marxiste-leniniste/

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/07/15/de-juillet-a-octobre-ou-comment-la-petite-bourgeoisie-voit-les-revolutions/   )   

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  • Commentaires

    1
    LIB TROPIQUES
    Il y a 15 heures
    LIB TROPIQUES
    Bonjour 
    et merci pour cet article en effet "instructif" pour la plupart des néophytes, voire "ignorants" en matière d'économie et d'histoire marxiste, ce qui est le cas d'une très grande majorité des générations actuelles (depuis la fin des années 60) et hélas bien souvent aussi celui des "maîtres ignorants"supposés transmettre ce genre de connaissance depuis qu'ils ont investi massivement l'appareil éducatif d’État. 
     
    Le rappel de la Critique du Programme de Gotha est évidemment judicieux et il en est fait un bon usage propédeutique et théorique ( à l'inverse de ce qu'en fit Althusser)  pour vulgariser les conséquences économiques et politiques de la  pensée de Marx et sa théorie (dialectique) de la Valeur, bien comprise... du moins en pratique et singulièrement dans le champ économétrique. 
     
    La manière d'en exemplifier l'interprétation par l'application qui en fut faite en Union Soviétique, avec ses principales contradictions et enjeux concrets, me parait également conséquente et bien homogène au propos pédagogique de l'article, y compris la manière dont les contradictions entre les courants politiques incarnés par Lenine, Staline, Mao et Trotsky sont caractérisées sur les bases objectives et factuelles de la critique de l'économie politique;  et non celles du pathos moralisateur hédoniste qui tient lieu de théorie politique à la "Petite Bourgeoisie Instruite" : i.e. l'antitotalitarisme, l'ecolo-sociétalisme, l'escrologie, les diverses "studies", la "rebellitude" trotsko-libertaire, la "déconstruction", les "affects", le "vivre ensemble", le "citoyennisme", le nuitdeboutisme, etc... et autres sectes et sectateurs du "réenchantement" par le "démocratisme radical" et le "plaisir du bonheur d'être enfin "SOI".
     
    Les bases d'un débat bien informé sur les questions primordiales du "socialisme réel" me paraissent ici bien instruites et de nature à alimenter une réappropriation de ces questions par les générations "post-nuitdeboutistes" confrontées ( malgré qu'elles en aient) aux réalités actuelles de la lutte des classes. Une alternative salutaire qui pourrait opportunément nous abriter du grand "vent" délétère de commémorationite post-soixante-huitarde qu'annoncent les prévisions idéologiques institutionnelles.
     
    Deux réserves cependant - à transmettre à l'auteur(s) avec mes encouragements :
     
    D'abord la présentation "colorée"... à proscrire absolument ! Outre la fatigue visuelle elle n'ajoute que de la confusion à l'aperception du texte, déjà dense et long.
     
    Ensuite le fait que l'article fait l'impasse sur les fondements épistémologiques de la Théorie de la Valeur comme principe d' "ontologie", c'est à dire comme fondement métaphysique de l'Être" en tant qu'Être social, chez Marx, tout en y faisant souvent allusion et en les référant ici et là. 
    Ça n'est pas pour rien que Marx a commencé le Capital par l'Ontologie ( dialectique ) de la Valeur et ça n'est pas fortuit ou circonstanciel qu'aussi bien Foucault qu'Althusser (etc.) aient récusé ce chapitre premier ( la conclusion de "Lire le capital" est ... qu'il ne faut pas le lire ) dont Marx ne s'était pourtant pas privé d'expliquer que c'était la partie la plus ardue et théorique de son ouvrage mais première et indispensable à lire et comprendre... d'abord, pour bien comprendre la suite.
    Naturellement il était impossible dans le cadre d'un tel article de vulgariser scrupuleusement ce point épistémologique fondamental du marxisme, mais comme c'est sa totale incompréhension par la plupart des pseudo-marxistes "de chaire" ( la corporation de l'appareil universitaire français et ses "marxistes lénifiants" comme dit Garnier ) qui est un des traits caractéristiques (et "de classe") de la variante française du révisionnisme petit-bourgeois (complètement réfractaire à la dialectique matérialiste sous-jacente), c'est un point qui doit toujours être rappelé de manière liminaire à ce type de "cours". Ne serait-ce qu'à titre de perspective gnoséologique générale et ... critique de l'économie politique, hic et nunc.
      • Il y a 9 heures

         

        Bonjour, camarade

         

        Je pense aussi qu'il est plus que temps d'en revenir aux textes originaux et de se débarrasser des encombrantes  « exégèses » qui obscurcissent l'approche du marxisme pour la plupart des néophytes et autodidactes, comme ce fut le cas dans ma jeunesse, notamment à cause de l'influence des althusseriens...

         

        C'est pourquoi le texte, ici, renvoie notamment à l'e-édition du Capital gratuitement disponible sur « inventin-l'autre net ». PDF peu maniable, mais bonne traduction.

         

        Celle de marxists.org est néanmoins assez correcte en ce qui concerne ces tous premiers chapitres du Capital.

         

        Je ne pense pas que l'on puisse sérieusement « résumer » Marx autrement que par des formules destinées à inciter à cette découverte de l'original, qui est, de plus, rédigé de manière extrêmement didactique, en fait.

         

        Et on ne pourrait pas le faire en préambule de chaque article abordant ces questions, articles qui sont déjà souvent longs et difficiles pour le lecteur néophyte. Je pense donc qu'il faut essayer de maintenir son attention sur un thème qui suscite son intérêt pour une problématique particulière et l'inciter à approfondir, et notamment en direction des classiques sur les fondamentaux.

         

        De plus, les sujets sur l'URSS ne sont pas les plus faciles, alors qu'ils sont souvent à la racine des problématiques actuelles, ce que la gauche  « bien-pensante » refuse toujours de voir, tant par facilité (fausse) que par opportunisme.

         

        Le prolongement actuel utile, sur le thème de la planification en valeur-travail se trouve être développé dans l'article suivant :

         

        https://tribunemlreypa.wordpress.com/2018/01/12/democratie-proletarienne-et-planification-socialiste-le-role-de-linformatique-et-de-linteractivite/

         

        Il s'agit en quelque sorte d'un développement concret de la conclusion de cet article sur l'URSS.

         

        Luniterre

         

         

         

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