• - La première opposition à l’agriculture intensive court-termiste était soviétique (Epoque Lénine-Staline)

    Que n'a-t-on pas entendu dire à propos de 'l'URSS de Lénine et de Staline, en particulier sur le productivisme saccageant les ressources naturelles... Heureusement des scientifiques et des historiens sérieux remettent les pendules à l'heure. Non, l'URSS de Lénine et de Staline ne saccageait pas les ressources, c'était tout le contraire...

    Il n'en a pas été de même à partir de la période Khrouchtchevienne qui initia le retour du capitalisme et chercha à imiter le modèle américain...  [NDLR]

    Par Guillaume SUING

    - La première opposition à l’agriculture intensive court-termiste était soviétique (Epoque Lénine-Staline)Des bandes de protection forestières sont aménagées au kolkhoze Staline (district de Salsk, région de Rostov).
    Sur l’image : une moissonneuse-batteuse automotrice à l’oeuvre dans ce champ du kolkhoze ; à droite, un jeune écran forestier.

    Dominique Meeus indique dans une réaction à mon article (1) « Lyssenko, un imposteur ? » (mai 2016) : « Je ne suis pas biologiste mais suffisamment cultivé pour savoir que l’épigénétique n’est pas un aveu d’impuissance de la génétique et surtout qu’elle n’est en rien un voie supplémentaire d’hérédité ».

    L’étant moi-même, je me dois de rappeler une évidence sur le changement de paradigme actuel en génétique, même si c’est toujours à reculons que les savants, à commencer par les héritiers de Jacques Monod, modifient leur manière de penser.

     

    L’épigénétique est bien la résultante logique de recherches en génétique qui ont révolutionné la biologie vieillissante du 20ème siècle, mettant à mal finalement les dogmes originels idéalistes de Morgan, Weismann, puis Jacob et Monod, sur le « tout génétique » (ou le « programme génétique », version customisée du « tout génétique » dans les années 70). Non pas que les gènes ou l’ADN n’existent pas bien sur : Au contraire, leur connaissance de plus en plus intime conduit aujourd’hui à des conclusions tellement novatrices qu’il est difficile de les passer sous silence.

    L’épigénétique c’est donc l’affirmation qu’il existe bien des voies métaboliques permettant, chez le végétal comme chez l’animal, la transmission à la descendance sur plusieurs générations de caractères induits par le milieu, si celui-ci continue de s’exercer dans les mêmes conditions. C’est une transmission « hors des gènes eux-mêmes » et indépendamment de leurs mutations potentielles, ce qui est la signification même du mot « épigénétique ». Les historiens des sciences y reconnaîtront la stricte négation du fameux « dogme central de la génétique moléculaire » formulée dans l’immédiat après guerre : L’hérédité ne passe que par les gènes de façon innée, de sorte que seules les mutations au cœur de ces gènes peuvent porter une évolution du vivant.

    Ce n’est donc pas la « philosophie » mais bien la biologie qui fait écho ces dernières années avec la « révolution épigénétique », à l’affaire trop vite classée de « l’hérédité des caractères acquis par l’habitude » (la formule est de Lyssenko). Et si comme le dit à juste titre Dominique Meeus « c’est une illusion dangereuse d’inverser la relation entre la science (qu’il faut considérer en premier) et la philosophie (qui est seconde) », il serait souhaitable de soustraire les jugements moraux, comme celui sur le procès de Nicolaï Vavilov évidemment injuste, des considérations strictement scientifiques nécessaires pour notre époque.

    De ce point de vue scientifique, Trofim Lyssenko a en effet commis une faute de première importance, qui a c’est vrai « paralysé la recherche en URSS » en ce qui concerne la génétique formelle et la génétique moléculaire, alors même que celle-ci, portée à ses plus extrêmes limites, n’a eu d’autres solutions un demi-siècle plus tard que de se renverser dialectiquement, avec la (re)découverte de cette forme d’hérédité non génétique, et de ses corollaires pratiques en agronomie, à commencer par la possibilité de rendre les plantes héréditairement résistantes à certaines conditions sans intrants polluants et à moindre frais.

    Mais à l’inverse il faut souligner que du coté occidental, le caractère extrêmement tardif de ces redécouvertes, pourtant salvatrices à l’heure où l’on cherche des alternatives à la funeste agriculture intensive et court-termiste, s’explique sans aucun doute par une paralysie tout à fait symétrique des recherches en agrobiologie.

    Preuve en est d’ailleurs le grand retour de techniques opposées à l’agriculture intensive destructrices des sols, comme l’agroforesterie, cette reformulation bien tardive des fameuses « bandes forestières » avec lesquelles Lyssenko et Williams voulaient fertiliser les sols pauvres de Sibérie, dans l’hilarité générale en Occident. Là encore, sans aucune référence à la génétique (qui serait seule à l’origine de la diabolisation de Lyssenko selon D. Meeus), n’a t-on pas assisté à une paralysie tout aussi grave à l’Ouest, par simple priorité de la « philosophie » (anticommuniste) sur la recherche soviétique (fût-elle infructueuse dans certaines conditions, comme toute théorie à commencer par celle de Mendel lui-même) ?

    De la même façon on tentait dans les années 70 de ridiculiser les critiques soviétiques (2) contre l’agriculture « chimique » prônant l’usage massif d’engrais, au profit d’un respect de la biologie des sols par le biais de « semis sous couvert végétal » (compostes composés à 80% de pailles et à 20% de fumier) .

    Pourtant, la catastrophe écologique actuelle liée à la destruction systématique des sols par l’agriculture intensive, que Dominique Meeus ne souhaite pas mettre en parallèle avec les prétendus insuccès de l’agriculture soviétique, ne devrait pas non plus justifier qu’on fasse table rase du substratum scientifique de l’industrie agrochimique. Car sans honnête confrontation, c’est la paralysie qui menace la science.

    Mettre la philosophe en second par rapport à la science, c’est un impératif que l’histoire des sciences nous rappelle invariablement : C’est ainsi qu’on peut observer comme une curiosité « l’éternel retour de Lyssenko » non pas par les méandres d’un dogmatisme philosophique (qui aujourd’hui serait plutôt du coté des détracteurs, figés sur les arguments désuets des grandes heures de l’agriculture intensive capitaliste d’une part et du paradigme désormais révolu du « tout génétique » d’autre part dans les années 70), mais bien par les couloirs des laboratoires.

    Si la préhistoire des techniques agronomiques à grande échelle, alternatives à l’agriculture intensive, se trouvent en Union Soviétique dans les années trente et quarante, dans toute sa complexité faite de réussites et d’erreurs (y compris par excès d’idéalisme de la part de Lyssenko et de ses pairs eux mêmes), les laboratoires d’aujourd’hui ont tout à gagner en se libérant d’une inquisition philosophique anticommuniste du siècle dernier tentant de les couper de leur histoire.

    Guillaume SUING

    (1) Guillaume Suing, auteur de « Evolution : La preuve par Marx. Dépasser la légende noire de Lyssenko » aux Editions Delga – 2016

    (2) De l’aveu même de Jaurès Medvedev, dissident soviétique et auteur du célèbre « Grandeur et chute de Lyssenko » en 1971, les « systèmes herbaires » lyssenkistes s’opposaient aux méthodes d’« agrochimistes minéraux » (adeptes des engrais chimiques) comme l’agronome Pryanichnikov. L’agronomie soviétique de l’époque « préconisait de ne pas développer l’industrie des engrais, de laisser les champs en trèfle pendant deux ou trois années d’affilée, (...) [et invitait aussi à] renoncer à utiliser certaines machines (herses, tracteurs) qui détruisent la texture du sol » (p125).

     

    Source : http://www.legrandsoir.info/la-premiere-opposition-a-l-agriculture-intensive-court-termiste-etait-sovietique.html

     

    QUELQUES COMMENTAIRES :

     

    Salut Camarade, 

    Je suis pleinement d'accord avec toi. 

    Si l'article est nouveau, ce qu'il contient n'est pas une découverte pour moi.

    Mon Père qui va avoir 94 ans le 14 juillet ( ça ne s'invente pas ! ) était abonné à ETUDES SOVIETIQUES pendant des années.

    J'ai eu, comme lui, le loisir d'étudier l'agriculture soviétique et son " grenier à blé " qu'était la république soviétique d'Ukraine, à cheval sur la période STALINE - KHROUCHTEV.

    A l'époque les occidentaux que nous sommes, ridiculisaient volontiers les soviétiques s'élevant contre l’agriculture " chimique " prônant l’usage massif d’engrais, au profit d’un respect de la biologie des sols par le biais de " semis sous couvert végétal ".

    Les Soviétiques n'ont pas tué notre terre. Nous les occidentaux l'avons fait au nom de la rentabilité et du profit maximum des sociétés capitalistes. 

    Fraternellement

    AR

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    Je m’étais intéressé au sujet de l’épigénétique il y a quelques temps. J’étais tombé sur un article d’une revue (je vais tenter de le retrouver) qui proposé le code génétique "comme un livre" et l’épigénétique "comme la lecture particulière de ce livre" dans un environnement particulier avec transmission ou non transmission de cette lecture sur une ou plusieurs générations si l’environnement se modifie ou non.


    Concernant les pratiques culturales, il semble encore que Agro-sylvo-pastoralisme (culture/forêt(linéaire)/élevage) soit le plus vieux modèle de l’humanité qui fonctionne en préservant la fertilité des sols, la biodiversité et le rendement.
    Ce modèle fût abonné en Europe de l’Ouest et dans certaines régions de l’Inde dans les années 50/60 et en Europe de l’Est dans les années 1990 à l’avantage du modèle américain (Remembrement/Chimique/Mécanisation).
    Le problème est qu’on à abandonné des pratiques ancestrales et conservatrice (qui conserve) comme on jette le bébé avec l’eau du bain pour passer à un modèle ultra nouveau (les engrais chimiques proviennent en droite ligne de la guerre de 14-18) qui n’avait pas fait ces preuves.


    Bien au contraire les Tempêtes de poussières (Dust Bowl) dans les Etats-Unis des années 30, dû au sur-labourage, au déboisement total pour agrandir les parcelles, furent un élément de famine.


    Ce contre exemple agraire a pourtant été valorisé dès le plan Marshall et l’est toujours à travers le monde.
    On en connait pourtant très bien ses funestes conséquences :
    érosion des sols  : ces derniers ne retiennent plus l’eau lors des fortes averses et les argiles "partent à la rivière". La forêt linéaire (bocage) n’existant plus, les haies ne font plus barrages naturels contre les inondations, tout comme les marais qui ont été remblayé ne font plus réservoir,
    extermination des petites flores et faunes : en plus de la bétonisation et bitumisation qui n’est pas d’origine agricole, le maillage de la forêt linaire n’existe plus. Le réseau du bocage était l’autoroute pour tout les petits animaux et la bio-diversité endémique et des migrateurs comme certains oiseaux ou insectes. Les pesticides en tout genre contribue largement aussi à l’élimination de cette petite vie fragile. Les sols devenus uniquement minéral n’offrent plus à ces hôtes la micro-faune utile pour ce nourrir. Les petits mammifères disparaissent par conséquence,
    Baisse des rendement agricoles : les espèces végétales cultivées ne sont plus des espèces liées à un terroir, elles sont des espèces génériques crées par des semenciers internationaux. Elles répondent à leur cahier des charges d’entreprise et non pas aux paysans/cultivateurs. Ces semences sont copyrighter donc non gratuitement reproductible. Depuis le gouvernement Jospin (France) toutes les espèces cultivés et vendus doivent être déclarées et l’inscription payée sur la liste des plantes cultivables de l’Union Européenne. Cela ferme la porte à toutes les espèces végétales rares ou liées à de petits terroirs ou petites productions.


    La baisse des rendements agricoles tient aussi au fait que la masse organique dans les sols/champs à irrémédiablement chutée avec le remembrement. Les sols ne sont plus naturellement nourri par la bio-masse des chutes de feuilles d’automne pourtant engrais naturel et gratuit...


    Ce sujet est très vaste, il y a encore mille autres arguments à énoncer.

    Aris

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    L’un des aspects de l’épigénétique correspond aux mécanismes permettant à la cellule ou à l’organisme d’adapter l’expression de son génome aux conditions rencontrées au cours de la vie ("acquis"). Les gènes peuvent ainsi être inactivés, surexprimées, dupliqués, déplacés. Sachant que la position et le nombre des gènes sont au moins aussi importants le long d el’ADN que leur contenu nucléotidique, ce genre de modification peut modifier considérablement les aspects quantitatifs et qualitatifs des "caractères phénotypiques" apparents. C’est un peu l’idée de l’acquisition au cours de la vie d’un répertoire immunologique chez nous.


    Ceci dit, des mécanismes actifs sont censés "remettre à zéro" l’ensemble de ces empreintes du milieu lors de la production des cellules reproductrices (qui normalement ne reprennent que le contenu "neuf" du génome parental).


    Les découvertes récentes montrent que ces remises à zéro sont elles mêmes dépendantes de certaines conditions environnementales. Lors d’un stress (parasite, sécheresse, etc : je parle ici des végétaux mais celà existe aussi chez les animaux), la remise à zéro ne se fait que partiellement, et curieusement "oublie" les zones modifiées qui ont justement contribué à un "acquis" favorable chez le parent. Ces modifications "autour" du génome deviennent alors héritables (sur de nombreuses générations mais pas éternellement).


    Le choix sélectif de ce que l’on remet à zéro ou non autour du génome lors de la production des gamétes quand un stress environnemental est survenu, est le centre des recherches actuelles en agronomie. On sent bien l’intérêt économique et écologique (pas d’achat de pesticides etc) de ce genre de capacité chez les végétaux. Les conditionnements étudiés étaient appelés du temps de Lyssenko "éducation des plantes". C’est l’origine des thèses de Lyssenko qui avait largement extrapolé ces découvertes pour nier la génétique de son temps (à tort donc puisque c’est bien le renversement naturel de la génétique qui lui donne finalement raison aujourd’hui sur l’"hérédité des caractères acquis par l’habitude").

    Une précision : l’hérédité des caractères acquis par l’habitude ou "hérédité métabolique" (Lyssenko) n’a donc rien à voir avec la version lamarckienne (hérédité des cararctères acquis au sens strict : on coupe un doigt au parent, le descendant nait avec un doigt en moins). Lyssenko précisait d’ailleurs qu’il ne partageait pas les thèses de Lamarck.

     G Suing

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