• - « Khrouchtchev a menti » : Aymeric Monville, directeur des Editions Delga répond à Jean-Jacques Marie

    - « Khrouchtchev a menti » : Aymeric Monville, directeur des Editions Delga répond à Jean-Jacques Marie« Khrouchtchev a menti » : Jean-Jacques Marie choisit la calomnie

    Après l’heureuse publication de Khrouchtchev a menti et d’un certain nombre d’ouvrages sur l’ de l’URSS, étayés par des recherches récentes (1), le public cultivé était en droit d’exiger un débat à la hauteur des questions soulevées. Jean-Jacques Marie, dont on peut regretter qu’il n’ait pas les mêmes scrupules méthodologiques que son défunt camarade Pierre Broué, s’est contenté de répondre par la calomnie et la caricature.

    Je ne sais si démasquer pareils procédés relève de la dignité des controverses entre historiens et c’est pourquoi je prends la peine d’intervenir en tant qu’éditeur, pour en épargner aux auteurs que je publie la très fastidieuse besogne.

    Dans un récent ouvrage sur le rapport Khrouchtchev, récemment publié au Seuil (2), J.-J. Marie a adjoint à sa traduction du rapport une présentation qui se clôt par une attaque en règle contre l’auteur de Khrouchtchev a menti, ainsi que son préfacier, Domenico Losurdo.

     

    Cette place de choix, en péroraison d’un fastidieux récit des vicissitudes dudit rapport (sans que jamais soit posée la question de sa véracité), laisse penser que Jean-Jacques Marie entendait lancer un contre-feu à ces récentes publications, qualifiées ici sans nuance de « tentative de défense de Staline ». Il s’agissait pourtant avant tout – et j’en assume avec fierté la part de responsabilité qui incombe à l’éditeur – de défendre la possibilité d’une histoire écrite sans les préjugés du maccarthysme et de la guerre froide.

    Nous aurions aimé rencontrer sur ce terrain plus de sympathie et non de vulgaires attaques ad hominem contre « ce Furr » et « ce Losurdo ». En effet, Jean-Jacques Marie, agrégé de lettres classiques, doit certainement donner à cet adjectif démonstratif la coloration dépréciative d’un iste plutôt que d’un ille. Quoi qu’il en soit, on reste stupéfié par le mépris et la désinvolture dont M. Marie fait preuve pour résumer les travaux de l’historien états-unien et du philosophe italien :

    « Goulag ascenseur social, très humaine déportation des peuples, Trotsky lié aux nazis… la tentative de discréditer le rapport de Khrouchtchev pour défendre Staline tourne au délire. » (3)

    Diantre. Mais de quel « délire » s’agit-il?

    a) Dans un de ses autres ouvrages (4), Domenico Losurdo montre, y compris en citant les historiens « officiels » les plus anticommunistes (Anne Applebaum in primis), que le goulag n’était nullement une machine d’extermination (contrairement à ce que l’odieuse assimilation du communisme au nazisme veut faire accroire), mais un système pénitentiaire qui n’excluait pas l’élargissement des prisonniers, les remises de peines et la réintégration de plein droit dans le corps social. Déclaration somme toute pondérée et qui se prêtait pourtant mal à la caricature. (On se reportera avec profit, en note 7, aux documents découverts par Mme Lacroix-Riz et qui corroborent parfaitement le point de vue de Losurdo.)

    b) Quant à la « très humaine déportation des peuples », c’est ainsi que J.-J. Marie pense pouvoir résumer la position de Grover Furr à propos des déplacements forcés de nationalités durant la guerre, loin des arrières de l’Armée rouge. Ces populations représentaient en effet, à l’époque, un danger militaire certain, du fait de leur collaboration passée – et massive – avec les nazis. Furr souligne que si les lois de la guerre – qu’on les juge ou non trop sévères – avaient été appliquées, ces populations n’auraient pas survécu, en raison des peines qui eussent été infligées, légalement, à la population masculine qui avait porté les armes contre l’URSS. Il s’agissait donc là d’une mesure de clémence, liée au souci des Soviétiques d’assurer la pérennité des différentes nationalités. Le nombre de morts, inévitables, que ces déplacements forcés en catastrophe ont entraîné, dans un pareil contexte, est étonnant bas, si l’on compare les données archivistiques fournies par Furr au regard des chiffres fantaisistes que donne Jean-Jacques Marie, sans le moindre étai documentaire.

    c) « Trotsky lié aux nazis »: Grover Furr a apporté de nombreux éléments à ce propos et je ne peux que renvoyer à ces ouvrages et articles en anglais, en plus de l’ouvrage que nous avons publié (5). Nous croyons savoir qu’un livre complet sur la question est en cours de publication. Mais pour nous en tenir au plan national, il est pourtant établi que les trotskistes français, en pleine guerre froide, ont préféré s’allier au pire du pire de l’époque – la CIA – pour former un syndicat anti-CGT. D’autres alliances antérieures avec d’autres impérialistes, et dans différents pays, n’ont donc rien d’étonnant. Mme Annie Lacroix-Riz a également fourni à M. Marie, en 2007, les cotes d’archives attestant de la collaboration de nombreux trotskistes français pendant la guerre (6). Ce dernier n’a, pour le moment, toujours pas daigné répondre à sa proposition d’arbitrage concernant l’interprétation qu’il convient de donner à ces documents.

    Ce n’est pas à un modeste éditeur de rappeler à Jean-Jacques Marie que son engagement militant n’a pas à prévaloir sur ses devoirs d’historien. Il ne nous reste donc qu’à souhaiter que la sérénité du débat l’emporte sur cette manière de faire de l’histoire à coups de matraques et d’indignations feintes. Car, « personne », dit le philosophe, « ne ment autant que l’homme indigné ».

    Aymeric Monville, directeur des Editions Delga, 8 septembre 2015

     

    PS : Pour revoir le débat lors de la Conférence exceptionnelle de Grover Furr à Paris, cliquez sur le lien ci-dessous :

    http://www.librairie-tropiques.fr/2015/07/kroutchev-a-menti-le-debat.html

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