• - Connaissance de l'URSS - 1917-1947 - Un bilan de 30 ans (Avec le PDF à télécharger en fin d'article)

    - Connaissance de l'URSS - 1917-1947 - Un bilan de 30 ans (Avec le PDF à télécharger en fin d'article)« Il n'y a jamais eu dans l'histoire du monde une transformation aussi rapide que celle qui a été opérée en Russie depuis 1917. L'écrivain anglais Wells rencontra Lénine en 1920, au moment où on élaborait à Moscou un plan d'électrification échelonné sur 10 ou 15 années.

    Le romancier britannique, pourtant spécialiste des anticipations, considéra le plan comme irréalisable. « Tout en niant en marxiste orthodoxe toutes les utopies, écrivit-il, Lénine est finalement tombé dans l'utopie électrique ».

    Or, ce premier plan a non seulement été réalisé, mais il a été dépassé. Il prévoyait la mise en service de nouvelles centrales électriques d'un total de 1.500.060 kilowatts en 10 ou 15 ans à partir de 1920. En réalité, à la fin de 1935, c'est pour un total de 3.800.000 kilowatts que de nouvelles centrales ont été mises en service. Deux fois et demi le chiffre prévu par le plan. » (p. 4.)

    « La guerre d'intervention se termina en 1921. Le pays était ruiné. L'économie était délabrée : usines détruites, matériel usé, gares incendiées. En 1920, la production industrielle atteignait 13,8 % de celle de 1912. Plus que la petite industrie et l'artisanat inclus dans cette statistique, la grande industrie avait souffert. Sur 138 hauts- fourneaux en ordre de marche au début de 1914, il n'en restait plus que 12 en 1920.

    Sur les 150 fours Martin en ordre de marche en janvier 1914 dans l'Oural et le Sud, 8 seulement restaient allumés en 1920. La production de la fonte en 1920 et 1921 ne représentait plus que 2,8 de celle qui avait été obtenue en 1914. Et si l'on songe que dans l'empire des tsars, la production industrielle était insuffisante, cela permet de mieux comprendre ce qu'il y avait de dramatique dans la situation de la Russie soviétique.

    Dans la presse étrangère, on proclamait la faillite du communisme. Plus sérieux, H. G. Wells écrivait alors : « Qu'on me permette de dire que la désolation de la Russie actuelle n'est nullement le résultat d'attaques contre un bon système social battu en brèche par des forces malfaisantes... Ce n'est pas le communisme qui, la grande guerre terminée, a contribué à harceler la Russie souffrante en soudoyant des bandes d'envahisseurs, des insurrections et en lui infligeant ce honteux blocus de tortionnaires... Le Gouvernement bolchéviste de Russie n'est pas plus responsable du déchaînement de ces maux que de leur continuation »... » (pp. 7-8.)

     

    « Les transformations économiques ayant modifié la structure sociale de l'U.R.S.S., il n'y avait plus à l'intérieur du pays de base de classe pour une opposition ouverte, du type de celle que le pouvoir soviétique avait dû combattre dans les premières années de son existence. Toutefois, il y a des complots, des sabotages et des tentatives d'espionnage sévèrement réprimés de 1934 à 1938. Des hommes politiques et des généraux, convaincus de trahison, sont juges, condamnés et exécutés. Dans la presse étrangère d'alors, on protestait avec une vertueuse indignation.

    Aujourd'hui, on ne peut plus douter du service que le Gouvernement soviétique a rendu à son pays et, disons-le, à l'humanité entière, en détruisant la cinquième colonne qui tentait de désorganiser la production et la défense nationale. M. Albert Mousset n'est point spécialement soviétophile. Il dirige la chronique de politique étrangère de l'Epoque.

    Voici son opinion : « Cette action contre les menées militaires de la cinquième colonne sera, avec le gigantesque effort industriel du régime stalinien, l'un des facteurs de la victoire contre l'Allemagne. Vorochilov, commissaire du peuple à la guerre depuis 1924, pourra désormais forger en toute sécurité l'instrument de la victoire ».l7 M. André Pierre n'est point spécialement soviétophile. Il dirige dans Le Monde la chronique des questions soviétiques. Voici son opinion : « L'Armée Rouge avait été épurée en temps opportun de tous les éléments suspects et il n'y avait ni défaitistes, ni traîtres dans ses rangs ».18 » (p. 11.)

    « Il n'y a pas de miracle soviétique. L'U.R.S.S. exécute le quatrième plan quinquennal avec l'aide de ses seules richesses, 32 et en s'appuyant sur les avantages propres au système socialiste. Les peuples soviétiques travaillent. Ce qui fait leur force, ce qui justifie leur optimisme, c'est qu'ils ne sont point tourmentés par la peur des crises, par l'obsession du chômage. Ils vont laborieusement, héroïquement parfois, « au-devant de la vie ». » (p. 16.)

    « L'étude du sous-sol et des propriétés des roches a été très poussée en vue de la construction de barrages, tunnels et autres ouvrages d'art. Une étude approfondie des propriétés physico-mécaniques des argiles a permis de construire des barrages très importants, par exemple à Svirstroï, sur des roches plastiques, qui habituellement sont évitées pour ce genre de constructions. Pour édifier un barrage sur la Kama, dont le sous-sol comporte des roches solubles : gypse, anhydrite et sel gemme, on a dû trouver des méthodes nouvelles pour éviter les dissolutions par infiltration. De nouveaux procédés de protection ont été mis au point : par exemple le drainage des eaux par les couches filtrantes sableuses, l'intercalation d'une barrière de sol artificiellement gelé entre les roches solubles et les eaux de filtration, etc. » (p. 24.)

    « On aurait pu croire qu'au pays des plans quinquennaux, toutes les énergies seraient tendues vers les problèmes essentiellement pratiques de la construction de la société moderne et que les jeunes mathématiciens seraient encouragés à ne faire quel des recherches d'utilisation immédiate. Il n'en a rien été. Pour ne citer qu'un exemple, on ne conçoit pas le plan quinquennal auquel le théorème de Hilbert-Gelfond rappelé plus haut pourrait avoir la moindre utilité.

    La conception générale du monde qui prévaut en Union Soviétique est celle du matérialisme dialectique. C'est essentiellement une conception réaliste, une conception qui n'accepte d'autre nécessité, d'autre autorité que celles qu'imposé la réalité, mais qui, par contre prétend parfaire la libération de l'homme, tant à l'égard de la nature qu'à celui de la société où il vit. La mathématisation de plus en plus manifeste des sciences montre que le mouvement d'idées né au XVIIe siècle et que l'en peut appeler l'analyse mathématique, au sens large du mot, est le plus puissant instrument d'investigation du réel que l'homme se soit forgé. Il n'est donc pas surprenant que la société soviétique voie avec faveur se développer les études mathématiques les plus abstraites.

    Un réalisme bien entendu ne craint pas l'abstraction. Paul Langevin qui était un physicien expérimentateur, mais aussi un mathématicien averti, disait : « Les mathématiques contemporaines deviennent de plus en plus abstraites, et c'est grâce à cette abstraction que nous parvenons à mieux pénétrer le concret ». L'analyse mathématique apparaît donc comme la forme la plus élevée de l'activité mentale de l'homme. Et puis le talent mathématique, le génie sont aussi des réalités. De tout cela il faut conclure qu'il n'est pas surprenant qu'en Union Soviétique le dépistage des jeunes talents mathématiques soit soigneusement organisé. » (p. 35.)

    « Avant la Révolution, l'état des constructions mécaniques de la Russie, était particulièrement retardataire, et la plupart des besoins étaient couverts par l'importation. L'industrie des constructions mécaniques accusait même un retard par rapport aux autres branches d'industrie. La valeur totale de la production des industries mécaniques de la Russie ne présentait que 6,8 % de la valeur totale de la production industrielle du pays. La construction des machines pour un certain nombre d'industries faisait même totalement défaut : l'aviation, la construction automobile, la construction de tracteurs, la construction de turbines hydrauliques, de roulements à billes, de machines à forger et à emboutir. La construction planifiée et rapide de machines débuta avec le premier quinquennat stalinien. C'est d'ailleurs à partir de la même époque, que date la construction d'usines importantes et que commence l'introduction de procédés industriels de fabrication. (...)

    La très grande diversité des branches de la construction mécanique ne permet pas de définir complètement les gigantesques progrès atteints par cette industrie depuis sa création récente. Les données partielles ne peuvent qu'illustrer les progrès dans les principales branches de l'industrie. En les exprimant en valeur, on obtient les chiffres suivants : en 1913, la production totale de l'industrie mécanique était ramenée aux prix 1926-27 de 1,4 milliards de roubles ; en 1928, la production a encore relativement peu augmentée et atteint 2,5 milliards de roubles. A la fin du premier quinquennat cette valeur représente 9,4 milliards de roubles. En 1937, le chiffre atteint est de 30 milliards de roubles, et en 1940 il est de l'ordre de 50 milliards de roubles.

    Les branches où les progrès ont été particulièrement remarquables sont La construction de machines-outils. — Cette branche était particulièrement peu développée avant la Révolution. En 1913, on ne produisit que 1490 machines-outils, en 1927-28 on en fabriqua environ 2.000, mais déjà en 1932 on atteint 19.700, en 1937, 48.400 et en 1939 la production dépasse 55.000 machines-outils. Mais l'augmentation du nombre des machines-outils, ne reflète pas complètement le développement de cette industrie, car avec le nombre, la complexité et l'importance des types de machines s'accrut parallèlement. On est passé de la fabrication de perceuses et de tours, à la construction de fraiseuses, de tours revolver, de rectifieuses, et finalement de machines semi-automatiques et automatiques. (...) La construction de tracteurs. — Avant la Révolution, la Russie ignorait la construction des tracteurs. Cette industrie débuta en 1923, et à la fin du deuxième quinquennat l'U.R.S.S. occupait dans cette branche la première place dans le monde.

    Construction des machines agricoles. — Cette industrie était déjà considérablement développée avant la Révolution, mais ne produisait que les outils les plus simples. La mécanisation intensive des travaux agricoles, l'introduction de plus en plus large des tracteurs dans l'agriculture, exigeaient la construction de machines plus puissantes et plus complètes. Par conséquent la construction soviétique est caractérisée par une évolution quantitative et surtout qualitative : passage des machines les plus simples aux puissantes usines ambulantes. C'est ainsi qu'en 1937, on a construit en U.R.S.S. 50.000 moissonneuses-lieuses batteuses. A côté du développement de ces machines combinées, on a poussé la construction de machines spéciales attelées aux tracteurs : ramasseuses de betteraves, de pommes de terre etc... » (pp. 44-45.)

    « Le développement des ressources énergétiques et surtout de l'électrification, ne doit pas être considéré seulement comme une branche de la production d'énergie, mais comme un des facteurs déterminants de la reconstruction technique de l'ensemble de l'économie nationale, comme une des voies principales du développement de la technique moderne. Les réalisations de l'Union Soviétique dans le domaine de l'énergétique et de l'électrification, donnent une idée générale du niveau technique et du développement de l'ensemble de l'économie du pays. Nous allons passer en revue les voies et les caractères principaux de l'évolution de l'énergétique soviétique, et la contribution apportée par la technique et la science russes. (...) L'analyse du développement de l'énergétique soviétique, conduit aux conclusions suivantes :

    1° D'après le rythme de son développement l'énergétique soviétique n'a pas d'égale et est la première au monde.

    2° D'après le niveau de son équipement, énergétique et électrique, l'U.R.S.S. occupe à la suite des quinquennats staliniens la troisième place dans le monde et la deuxième en Europe.

    3° Le niveau technique et la qualité des installations peuvent également être comparées à celles des pays les mieux équipés. En ce qui concerne par exemple le rendement des centrales thermiques, des progrès considérables ont été accomplis même par rapport à l'époque des premiers plans quinquennaux. Ainsi la consommation du combustible pour un kWh d'énergie électrique produite, était en 1932 de 0,77 en U.R.S.S. 0,68 aux U.S.A., et de 0,69 en Grande-Bretagne. Ces chiffres sont passés en 1939 à 0,605 en U.R.S.S. pour 0,62 aux U.S.A. Ainsi donc la consommation de combustible a été réduite de 30 % en U.R.S.S. alors qu'elle n'était réduite que de 10 % aux U.S.A. » (p. 47.)

    « L'Union Soviétique reçut en héritage de la Russie tsariste une industrie produisant un peu plus de 4 millions de tonnes de fonte, et 4 millions de tonnes d'acier. Les usines les mieux équipées et les plus importantes se trouvaient dans les régions méridionales, et appartenaient pour la plupart à des groupes étrangers. Les larges possibilités d'exploitation d'une main-d'œuvre à bon marché, et le cadre restreint du marché métallurgique intérieur, n'ont pas créé les conditions du développement d'une technique avancée, d'un renouvellement systématique des équipements, et d'un large développement de la mécanisation des procédés de production, et l'état retardataire de la construction mécanique d'avant guerre ne stimulait pas la production d'aciers spéciaux.

    C'est pourquoi, jusqu'à la première guerre mondiale le niveau technique des usines métallurgiques de la Russie, était en retard sur la technique étrangère, quoique les usines métallurgiques les plus importantes aient été projetées et construites sous la conduite de spécialistes étrangers et même parfois entièrement importées, et assemblées sur place. Si au moment de leur érection, ces usines se trouvaient à peu de chose près, au niveau de leurs modèles étrangers, dans la suite, par l'absence de la modernisation de leurs techniques, elles se trouvèrent assez rapidement dépassées dans la voie du progrès. (...)

    Mais même ce pauvre héritage n'a pu être recueilli en entier et en état de marche. La guerre civile a embrasé les régions industrielles du Sud, et n'a laissé derrière elle que destructions et ruines. En 1920, la production sidérurgique est tombée à 115.000 tonnes de fonte, 194.000 tonnes d'acier, et 147.000 tonnes de laminés. C'est à partir de ce niveau catastrophique, que le pays est parti à la reconquête et au rétablissement de son industrie sidérurgique. » (pp. 50-51.)

    « Les méthodes de construction des hauts-fourneaux ont marqué des progrès décisifs. Les nouveaux hauts- fourneaux soviétiques, par leur puissance et le degré d'équipement peuvent être placés en tête de la technique mondiale. La construction de hauts-fourneaux d'une capacité de l'ordre de 1000 m3, est une chose assez récente. Aux U.S.A., ce type de construction n'apparaît qu'en 1927, et en Allemagne on en compte quelques unités seulement, construites avant la guerre avec le concours de firmes américaines. (...)

    En 1934-35, les ingénieurs soviétiques abordèrent la mise au point du haut-fourneau le plus puissant du monde. Ce projet, pour l'élaboration duquel on fit appel à tous les spécialistes du pays, concerne la construction de hauts-fourneaux de 1.300 m3. La hauteur totale est de 31 m. Le projet réunit tous les perfectionnements connus à ce jour concernant la mécanisation de l'alimentation et de d'évacuation de la fonte. Chaque four possède son tableau centralisé de contrôle. Les appareils Keuper ont été perfectionnés, des nouvelles souffleries ont été étudiées. Ce four peut produire de 1.500 à 1.700 tonnes de fonte en 24 heures. » (p. 52.)

    « A partir de la deuxième moitié du 19e siècle, en liaison avec l'essor industriel, l'agrandissement des villes, et de l'éclairage au pétrole, le développement des chemins de fer, le remplacement dé la navigation à voile par les bateaux à vapeur, l'invention du moteur à combustion interne, la demande des combustibles liquides ne cessa de croître. En un laps de temps relativement court, l'industrie pétrolière devient une des branches principales de l'économie, tout en changeant d'aspect. (...)

    A cette époque, les fluctuations des cours du pétrole brut exerçaient une influence considérable sur l'évolution de l'industrie pétrolière russe. Un autre facteur important était l'afflux des capitaux étrangers. En relation avec ces deux facteurs, l'intensité et le caractère d'exploitation de chacun des gisements dans son ensemble et des différents horizons en particulier étaient déterminés, non pas par des considérations d'exploitation rationnelle, en vue d'extraire le maximum de pétrole de chaque couche, mais par l'état anarchique du marché du pétrole et des produits dérivés.

    Ainsi lorsque les cours montaient on se mettait à forer n'importe où jusqu'au jaillissement, traversant des couches intermédiaires riches et imprégnées de pétrole, et il n'y a pas de doute que ces méthodes barbares ont entraîné la perte irrémédiable de quantités énormes de pétrole. Lorsque les cours baissaient la fièvre de l'industrie pétrolière se transformait en marasme. Le rythme d'extraction baissait brutalement, les pompages dans les couches déjà reconnues allaient au ralenti, entraînant également des pertes de pétrole. » (p. 57.)

    « On ne peut comprendre la portée de l'effort culturel accompli depuis trente ans par l'Union Soviétique, ni apprécier les réalisations de cet effort dans le domaine particulier des lettres et des arts, si l'on ne sait que les conditions qui ont cours et force en ces matières dans nos pays capitalistes y ont été peu à peu éliminées et en ont complètement disparu.

    Alors que chez nous la culture demeure réservée aux classes possédantes, dans l'Union Soviétique la culture, devenue vivante par l'intégration complète des notions traditionnelles au processus de la vie sociale, est ouverte de droit à tout citoyen selon ses capacités, la division des classes ayant pratiquement disparu. Alors que chez nous la concurrence commerciale, le profit personnel et la lutte pour ce profit demeurent la loi et la fin de ceux qui sont devenus — pas toujours par sélection naturelle et par goût — des savants, des écrivains, des artistes, dans l'Union Soviétique chaque citoyen est orienté dès l'enfance à cultiver ses goûts et ses capacités naturelles et appelé à les employer, le plus largement possible, au profit de l'œuvre commune de construction et de développement de la société. » (p. 60.)

    « Les compositeurs soviétiques syndiqués, conscients de leurs buts et de leurs principes idéologiques communs, ont formé l'Union des Compositeurs Soviétiques qui, bien loin de demander à ses membres une limitation de leur développement individuel au point de vue artistique, sollicite au contraire tous leurs efforts personnels pour examiner et discuter les problèmes posés par l'évolution de la musique soviétique en général et de ses diverses branches populaires, militaires, enfantines, etc...

    On voit ici les musiciens soviétiques se réunir pour prendre en commun les décisions qui, au niveau de leur compétence, sont susceptibles d'influencer favorablement le développement de la culture musicale sous toutes ses formes. Les initiatives de l'Union des Compositeurs Soviétiques ne se comptent plus : organisation de concerts, commandes passées à des compositeurs, voyages d'études et de propagande musicales dans les kolkhoz et dans les unités militaires, organisation de concours de composition, etc... (...)

    L'extraordinaire solution du problème des nationalités, que l'on doit au génie de Staline, a sa répercussion sur le plan dramatique. Le théâtre soviétique présente des pièces en 33 langues différentes. Dans la plupart des Républiques nationales, les théâtres ont été fondés seulement après la Révolution de 1917 : 27 en Arménie, 23 au Tadjikistan, 17 en Kirghizie, 11 en Turkménie. Après la Révolution, le nombre de théâtres est passé en Ukraine de 35 à 126, en Géorgie de 3 à 46, en Ouzbékistan de 1 à 49, en Kazakhstan de 2 à 49, en Biélorussie de 3 à 16, en Azerbaïdjan de 2 à 27.

    Des théâtres sont nés aussi en Karakalpakie, en Ossétie, en Yakoutie, chez le peuple Komis et aux républiques et régions nationales. Depuis 1936, l'Institut d'Etat d'art théâtral forme chaque année une promotion d'acteurs appartenant aux différentes nationalités de l'U.R.S.S. et qui rejoignent ensuite leur pays natal pour y constituer des ensembles de professionnels. Pendant la guerre de tels ensembles ont été formés par les studios des Umizilès et de Komis de l'Institut d'Art.

    Actuellement, le studio Tchouvache prépare lui aussi une promotion. (...) A l'aube du régime soviétique, Lénine soulignait déjà l'importance culturelle du cinéma en demandant que son destin soit orienté vers le peuple pour élever sans cesse son esprit et lui apporter la somme des connaissances humaines. Aujourd'hui, le cinéma est devenu, comme le nomma Staline « l'art du peuple par excellence ».

    En U.R.S.S., les cinémas sont tellement fréquentés par les enfants, et surtout les adolescents en âge d'aller à l'école, que tout récemment, les dirigeants furent obligés de prendre des mesures énergiques interdisant aux moins de 16 ans l'accès aux salles en dehors des dimanches et jours fériés. Toute la presse de l'Union Soviétique depuis les grands journaux de la capitale jusqu'aux petites feuilles de province, la presse locale et les journaux muraux des usines, rédigés par les travailleurs, publie des critiques approfondies de chaque nouveau film exprimant ainsi l'intérêt du public pour le cinéma. Pourquoi le cinéma a-t-il en U.R.S.S. cette large audience populaire ?

    Dès sa naissance, le cinéma soviétique est représenté officiellement par un ministre de la cinématographie, actuellement Ivan Bolchakov, sous la direction duquel, le cinéma travaille dans le cadre du plan d'état unique de développement de l'économie nationale. L'installation d'une cinématographie d'état conditionna l'évolution nouvelle en supprimant les producteurs trop souvent hantés par le souci des recettes, et permit aux cinéastes de s'adonner exclusivement à leurs recherches et à leurs tentatives professionnelles. La conception de l'art détourné de son objet à des fins commerciales n'a pas cours en U.R.S.S. (...)

    En 1945, il a été alloué aux documentaires et aux actualités 40.000.000 de roubles, soit 20 % de la somme globale octroyée au cinéma. Pendant la guerre, les actualités eurent à remplir une mission dangereuse mais grandiose : graver sur la pellicule la lutte héroïque du peuple soviétique. Chaque jour, de tous les fronts, arrivaient au studio central des actualités de nouveaux documents. Plus de 3.500.000 mètres furent tournés, d'une valeur historique incalculable. On peut ainsi constater combien le cinéma soviétique s'intègre de plus en plus profondément à la vie économique de l'U.R.S.S. et combien cette interpénétration dans tous les domaines favorise le développement des films artistiques. » (pp. 68-69-71-73.)

    « Le vaste programme de reconstruction se réalise actuellement à Moscou, Leningrad, Stalingrad, Kiev, Kharkov, Sverdlovsk, Minsk. Une multitude de nouvelles villes surgissent. Ce programme ne consiste pas à reconstruire ce qui existait, mais à intégrer la reconstruction dans le plan d'ensemble du développement du pays, c'est-à-dire tout d'abord à reprendre et à poursuivre le programme d'équipement interrompu par la guerre, compte tenu évidemment des dévastations et des enseignements passés. Pour cela il faut mécaniser les éléments fonctionnels et chercher enfin les moyens propres à augmenter la rapidité du travail, à diminuer le volume des matériaux employés et à économiser sur le temps de travail, ce qui économise les capitaux.

    Le plan prévoit comme coefficient d'effort, un pourcentage de 200 % par rapport à 1938. On estime qu'en 1960 l'U.R.S.S. dépassera l'Amérique en niveau de production, et qu'en 1975 l'U.R.S.S. pourrait atteindre le potentiel industriel et le niveau culturel le plus élevé du monde. L'ampleur de la reconstruction à Stalingrad a été particulièrement remarquable. En 1945 la ville a retrouvé 45 % de sa capacité industrielle. A Leningrad, au début de cette année, il y avait 1 million de mètres carrés d'immeubles industriels reconstruits et 600.000 m2 de logements, 200 écoles, 370 maternelles et tout l'équipement de voierie. Dans la région on avait déjà reconstruit toutes les centrales électriques, 700 kolkhoz et 25 sovkhoz. L'effort financier réalisé par l'Etat a été énorme. En pleine guerre, en 1944, l'Etat avançait 16 milliards de roubles pour la reconstruction des régions libérées. En janvier 1945, 23.000 écoles et instituts étaient reconstruits sur 28.000 détruits. » (p. 76.)

    « Les recherches archéologiques ont connu, depuis la Révolution, un essor particulièrement remarquable dans des régions que la politique tsariste négligeait ou qu'elle abandonnait aux chercheurs étrangers. Ces recherches sont dirigées par l'Institut d'histoire de la culture matérielle de l'Académie des sciences de l'U.R.S.S. et par les instituts similaires des diverses républiques ou territoires. Ces travaux ont été excellemment résumés par les professeurs Minorski, de Cambridge, Kisselev et Tarakanova, de l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S. » (p. 79.)

    « Il est certes impossible de se faire une idée de l'immense transformation réalisée dans la conception de la nature, de l'homme et de la société, par la Révolution soviétique, d'après les témoignages insuffisants que nous en avons donnés. Nous avons dit pourquoi ces témoignages sont si rares. Chaque fois qu'il paraît possible aux esprits libres du monde entier de connaître enfin et de faire connaître les réalisations du monde nouveau créé à l'Orient de l'Europe par le génie de Lénine, de Staline et de peuples entiers, un nouvelle vague de calomnies et de mensonges déferle de la bouche des hommes publics du capitalisme et tente d'opposer sa boue à la lumière des faits.

    Déjà les sacrifices inouïs, consentis par les peuples de l'Union Soviétique pour la liberté du monde, sont reniés par ceux que cette liberté offusque et près d'être oubliés par ceux-là même qu'ils ont sauvé. Puisse notre témoignage, animé de la seule passion du vrai, passer comme un rayon pur, si faible soit-il, à travers les voiles obscurs de l'impuissante négation. Nous savons qu'il cheminera et qu'il fera son œuvre, peu à peu, à travers l'esprit et le cœur des hommes, jusqu'au jour où, par nos efforts unis, la lumière qu'il puise à la source de vérité, brillera souveraine sur l'humanité réconciliée. » (pp. 81-82.)

    « Dans ces trente premières années de vie soviétique, ce qu'il y a d'admirable, c'est l'audace des réalisations annoncées dès leur prise du pouvoir par les Bolcheviks, ce sont les difficultés inouïes qu'ils avaient le droit de ne pas prévoir et dont ils ont triomphé, et c'est, qu'en dépit de tout, ils n'ont jamais rien lâché d'essentiel, bien au contraire, que de tout nouvel obstacle ils ont fait surgir de nouveaux progrès.

    Alors que les frontières de leurs pays étaient enfoncées et qu'il était dans l'état de décomposition totale où l'avait jeté le régime tsariste, ils ont appelé le monde à se libérer, à faire cesser la guerre la plus meurtrière qui fut alors connue ; et le monde a répondu en lançant sur tous les territoires de l'ancien empire russe des armées de contre-révolution. Les dévastations, la famine, le typhus ne les ont pas empêchés d'entraîner le peuple à défendre sa jeune révolution, à s'organiser pour faire renaître le pays de ses ruines. Puis nouvel effort héroïque, nouveaux sacrifices de chacun à la cause commune : la réalisation des plans quinquennaux pour équiper le pays et pour le rendre indépendant de toute ingérence, de tout chantage économiques venus de l'extérieur. Et voilà qu'en plein travail de construction pacifique, l'avènement d'Hitler à la tête de l'Allemagne oblige à prévoir de nouveau la guerre.

    Et voici enfin la guerre, ses ravages effroyables. Cependant les nations soviétiques sont aujourd'hui plus que jamais ardentes, vivantes, puissantes et tournées vers une prospérité nouvelle, vers une prospérité qui sera bientôt telle que le monde n'en a jamais connu de semblable, alors qu'entre les nations capitalistes, les unes orient misère et sont prêtes à démanteler leur antique puissance pour se faire aider et d'autres, tout près d'asphyxier sous leur opulence sans emploi, exercent l'intimidation du riche sur le pauvre et voudraient opprimer partout la démocratie. » (p. 83.)

    « La socialisation complète de la production dans toutes les branches de l'économie, supprimant toute possibilité d'exploitation dans un but de profit, la transformation du régime de la propriété, comportant la remise de la terre aux paysans producteurs, — la disparition des classes sociales, ont mis fin à l'exploitation de l'homme par l'homme. Dans l'économie planifiée socialiste, c'est la société, le peuple tout entier, qui profite de la productivité du travail.

    En Union soviétique, chaque ouvrier, et l'Etat en tant que représentant de l'intérêt général des travailleurs, ont intérêt à augmenter cette productivité. C'est pourquoi les syndicats soviétiques et les conseils d'usines développent l'émulation socialiste et le mouvement stakhanoviste. Le système de la fixation des salaires a varié depuis 1918. Ils furent d'abord décrétés par l'Etat, puis fixés par des contrats collectifs, et, enfin, par la commission d'usine des salaires. Dès 1926, les salaires réels dépassaient de 33 % les salaires d'avant guerre. Aujourd'hui le « salaire social », c'est-à-dire la partie du salaire que l'ouvrier ne reçoit pas en argent mais en avantages sociaux de toutes sortes, est évalué à un tiers du salaire payé en argent. Une économie planifiée socialiste dont le but est d'élever le niveau économique, culturel et social des travailleurs, ne connaît pas de conflits de salaires. D'autre part la complète indépendance de la politique des salaires à l'égard des lois du marché — intérieur comme extérieur, assure sa stabilité. » (p. 84.)

    « La protection de la maternité et de l'enfance est une des plus admirables institutions de l'U.R.S.S. La législation soviétique a, dès le début, considéré la maternité comme un devoir social et s'est efforcé de concilier, au moyen d'institutions sociales multiples, les tâches de la mère, de la travailleuse, de la citoyenne. Dès la naissance de l'enfant, son éducation — en prenant, ce terme dans sa plus large acception — commence. Les crèches, les jardins et les terrains d'enfants où les soins les plus attentifs, les plus éclairés, les plus rationnels, leur sont réservés, sont ouverts à tous les enfants, sans toutefois qu'il existe une obligation pour les familles qui sont absolument libres de garder leurs enfants chez elles si elles le préfèrent. D'année en année, le nombre de ces institutions augmente. » (p. 85.)

    « Le principe fondamental de la législation soviétique a été, dès le début, l'égalité des droits de la femme et de l'homme. En 1926 ce principe était inscrit dans la Constitution. En décembre 1936 il fut incorporé dans la nouvelle Constitution dont l'article 122 est ainsi rédigé : « Des droits égaux à ceux de l'homme sont accordés à la femme, en U.R.S.S., dans tous les domaines de la vie économique, publique, culturelle, sociale et politique ». (...)

    Un nouveau régime préside aux rapports conjugaux désormais épurés de toute considération d'intérêts. La vie conjugale s'édifie maintenant sur les principes de liberté et d'égalité, mais le mariage ne doit pas être considéré à la légère. Le divorce devient de moins en moins fréquent : à Moscou 8.000 en 1937 au lieu de 16.000 en 1936. Le nombre des mariages augmente d'année en année et les familles nombreuses deviennent de plus en plus fréquentes. L'Etat leur a versé 922 millions de roubles en 1938, 1 milliard 325 millions en 1940 et il a assigné plus de 2 milliards de roubles aux allocations de maternité en 1945. (...)

    La femme a été un des plus grands bénéficiaires de la Révolution d'Octobre. Pour juger à sa juste mesure l'évolution prodigieuse de la situation de la femme russe depuis l'abolition du tsarisme, il faut tenir compte de ses conditions de vie avant la Révolution. Dès l'âge de 30 ou 40 ans, l'ouvrière était épuisée, et la vie de la paysanne était plus pénible encore. Elle était obligée d'accomplir, depuis l'aube jusqu'à la nuit tombante, un travail au-dessus de ses forces, et elle avait à supporter, en outre, les reproches perpétuels et même les coups du mari et du patron. Sa situation était en somme celle d'une esclave. On comptait alors 75 % d'illettrés dont les femmes constituaient le plus fort contingent.

    Même dans les milieux privilégiés, la femme avait de la difficulté à s'instruire, à s'émanciper. A la fin du XIXe siècle, on ne comptait dans toute la Russie, que 7.000 femmes possédant une instruction supérieure. (...) Entraîner à la vie politique économique et sociale toutes les femmes, même les plus arriérées, fut donc considéré comme une tâche primordiale. Les résultats obtenus ont été magnifiques et ceci dans tous les domaines de l'activité nationale. (...)

    On compte aujourd'hui plus de 1.300.000 femmes dans l'enseignement, 100.000 femmes médecins, 250.000 travailleuses scientifiques (laboratoires ou instituts de recherches) ; 25.000 ont un titre ou un grade universitaire ; 199 ont reçu le prix Staline pour avoir obtenu des résultats exceptionnels dans les domaines de la science, de l'art, de la littérature et du travail. 456.000 femmes ont été élues aux différents organismes de l'administration soviétique (soviets de villages, de villes, de régions etc...) 277 font partie du Conseil Suprême. Plus de 1.700 femmes sont aujourd'hui députées aux Soviets suprêmes des Républiques fédérées et autonomes.

    En 1939, les femmes constituaient environ 40 % du contingent des ouvriers et employés. Dans l'industrie, leur proportion était de 63 %. Au moment de l'agression allemande, plus de 30 millions de femmes participaient à l'édification de l'Etat socialiste. Environ 19 millions de kolkhoziennes, plus de 11 millions d'ouvrières et d'employées. Au cours des 6 dernières années, la participation des femmes a considérablement augmenté. Le nombre des femmes occupant des postes de directeurs, d'ingénieurs et de techniciens dans l'industrie, les transports et le bâtiment atteint 4.000.000. Les femmes dirigent de grosses entreprises et même des branches entières d'industrie. Dans l'agriculture la femme participe à l'égal de l'homme à la direction des kolkhozes. En 1940, 60.000 kolkhoziennes géraient des fermes d'élevage ou travaillaient comme chefs d'équipes. 15.000 environ étaient présidentes ou vice- présidentes de kolkhoz. » (pp. 88-89-90.)

    « Le développement de la médecine en U.R.S.S. depuis la Révolution de 1917 est considérable et impressionnant ; mais ce qui fait son intérêt exceptionnel c'est que ce développement s'est fait non seulement sur le plan de la science et de la technique médicales proprement dites, c'est-à-dire, en définitive, les soins à donner aux malades, mais sur le plan social, parallèlement à l'édification tout entière du pays : il ne s'agit pas seulement de médecine telle qu'on l'enseigne dans les Facultés, mais de protection de la santé publique. Ce qu'on appelle, dans le reste du monde, la médecine sociale, y constitue tout juste, jusqu'à maintenant, une spécialité de plus comme la parasitologie ou l'orthopédie.

    En Union Soviétique, au contraire, c'est la médecine traditionnelle, la médecine de soins, qui semble ne constituer qu'une des pièces de l'immense appareil sanitaire qui sous-tend en quelque sorte toute la vie du pays. (...) En 1913, la Russie comptait environ 20.000 médecins ; actuellement, il y en a 6 fois et demie autant. (...) Un rôle important dans l'abaissement de la mortalité des blessés revient au très large emploi des sérums préventifs et curatifs ; à ce point de vue, l'Union Soviétique occupe une des premières places du monde. L'emploi des sérums et des bactériophages sauve des milliers de vies humaines menacées par la gangrène et le tétanos. Les hôpitaux d'évacuation qui étaient, durant la guerre, les formations les plus nombreuses et les mieux outillées, avaient également en vue le raccourcissement des délais de guérison, aussi bien que la perfection des résultats obtenus, sans oublier que le blessé inapte aux armées doit quitter l'hôpital, préparé à la meilleure utilisation possible pour le travail industriel ou agricole. La routine est bannie des hôpitaux soviétiques : toute mesure nouvelle, vérifiée par l'expérience comme efficace, doit immédiatement entrer dans la pratique quotidienne.

    L'expérience de la guerre a montré que la majorité des blessés qui succombent sur le champ de bataille ne meurent pas tant de la gravité de leurs blessures que du fait qu'une aide assez prompte ne leur a pas été apportée, ou qu'une hémorragie n'a pas été arrêtée. D'où la nécessité d'organiser un secours médical aussi rapide et aussi parfait que possible sur le champ de bataille. Aussi, Staline a-t-il institué des récompenses spéciales pour les brancardiers qui ramènent promptement aux postes de secours leurs camarades blessés, montrant ainsi la grande responsabilité qui incombe à ceux qui doivent assurer les premiers soins. Ces premiers soins sont actuellement donnés beaucoup plus près de la ligne de feu : le premier parage chirurgical des plaies, la première transfusion sont actuellement effectués sous le feu même de l'ennemi, ce qui a considérablement amélioré les résultats. » (pp. 91-94-98.)

    « Le tsarisme laissait après sa chute des masses arriérées et ignorantes qui étaient sous l'influence du clergé, des seigneurs et des koulaks. (...) On ne comptait, en 1914-1915 que 1.958 écoles secondaires comprenant 635.591 élèves. Le nombre des enfants de nobles et de commerçants dans les écoles secondaires était de 508.091. Ainsi, une minorité privilégiée accaparait les établissements d'enseignement. (...) Chez les minorités, l'analphabétisme était pour ainsi dire total.

    Sur 152 nationalités résidant sur le territoire de l'U.R.S.S., 30 seulement possédaient un alphabet et beaucoup ne comptaient qu'un petit nombre d'écoles élémentaires tolérées comme moyen de russification. Dans certaines contrées, principalement chez les peuples d'Orient et du Nord, le pourcentage d'illettrés atteignait parfois 98 %. La politique de russification était appliquée systématiquement. On était arrivé à persuader les populations que la langue russe était l'unique instrument de culture. (...) Quels sont les résultats déjà atteints en ces 30 années de pouvoir soviétique ? (...) De 1920 à 1940, environ 50 millions d'adultes illettrés apprirent ainsi à lire et à écrire. (...) Dans la R.S.F.S.R. seule, plus de 3 millions d'enfants ont fréquenté les jardins et les terrains d'enfants au cours de l'été 1944. Dans l'Union tout entière ce nombre a dépassé 6 millions.

    (...) Le nombre d'élèves qui suivaient les classes de la 5e à la 7e dans ces écoles est passé de 1.614.571 en 1929- 30 à 8.780.049 en 1938-39. (...) L'école secondaire ou école de 10 ans qui existe déjà dans toutes les villes, les chefs-lieux de districts, les cités ouvrières, sera rendue obligatoire dans un avenir prochain lorsqu'elle sera généralisée. Son réseau, particulièrement depuis 1930, s'étend très rapidement. [9.028.156 pour l'année scolaire 1938-1939 contre 635.591 pour l'année scolaire 1914-1915]. (...) L'essor de l'enseignement secondaire a provoqué un énorme développement de l'enseignement supérieur. En 1939, l'U.R.S.S. comptait déjà plus d'établissements supérieurs que l'ensemble des pays de l'Europe réunis. (...)

    Le nombre des étudiants a considérablement augmenté. De 112.000 en 1914-15, il s'est élevé à 601.000 en 1938-39, 65 chiffre formidable si on le compare au nombre total des étudiants des grands états européens qui est seulement de 270.000 y compris les élèves des écoles supérieures. Proportionnellement à sa population, l'Union soviétique compte 3 fois plus d'étudiants que tous les autres grands états européens y compris le Japon. (...)

    Ce qui caractérise le système d'enseignement soviétique, c'est qu'il n'apparaît pas comme un système rigide et immuable mais qu'il se modifie et s'adapte continuellement aux besoins nouveaux. On étudie, on expérimente pour transformer et améliorer. Le fossé qui séparait les intellectuels des travailleurs manuels n'existe plus, grâce à la liaison entre la théorie et la pratique. Loin de s'opposer, théorie et pratique, de même que science et technique sont liées entre elles dialectiquement et l'on peut passer continuellement de l'une à l'autre. (...) En 1939 on comptait parmi les élèves des écoles supérieures soviétiques, 33,9 % d'ouvriers ou d'enfants d'ouvriers et 21,7 % de paysans ou d'enfants de paysans. » (pp. 101-102-103-104-107-109-110.)

    « Dans les trente années qui se sont écoulées depuis la Révolution une nouvelle civilisation est née en U.R.S.S. Il faut d'abord s'entendre sur les termes. Quand on dit qu'un pays est civilisé, cela signifie généralement que l'ordre règne dans ce pays, que des relations de confiance mutuelle existent entre le gouvernement et les citoyens, que la sécurité matérielle est assurée, que la société obéit à des préceptes moraux universellement admis. Le terme de civilisation implique aussi en général une haute activité intellectuelle et un épanouissement des lettres et des arts. L'histoire a connu des civilisations brillantes, entre autres celles d'Athènes au temps de Périclès, de l'Empire

    Romain aux deux premiers siècles, de quelques villes italiennes aux XIVe et XVe, de la République des Pays- Bas pendant la plus grande partie du XVIIe d'une partie du siècle de Louis XIV, de la bourgeoisie anglaise au

    XIXe siècle, etc... Mais toutes ces brillantes civilisations dont les apports ont été précieux, avaient deux points faibles : elles étaient fragiles et ne profitaient qu'à de petites minorités privilégiées. De même que la civilisation hellénique reposait sur le travail des esclaves et les entreprises des marins, de même la civilisation victorienne reposait sur l'exploitation d'un immense empire colonial et sur le travail des ouvriers britanniques qui ne profitaient que fort peu de cette civilisation.

    Toutes ces civilisations étaient donc menacées de l'intérieur par suite des injustices sociales qu'elles recouvraient et de l'extérieur par les convoitises qu'elles éveillaient. (...) Le développement du capitalisme a entraîné des bouleversements de plus en plus rapides dans les conditions de la production, il a fait mûrir des contradictions, des antagonismes de toutes sortes qui ont conduit finalement à des guerres gigantesques. Ainsi a commencé à sonner le glas des civilisations bourgeoises du XIXe siècle. Sans doute elles se survivent, mais partout, aussi bien en Europe qu'en Amérique, elles sont en complète décadence. On peut même dire qu'elles ne se survivent qu'en se décomposant. Ce sont en effet les phénomènes de décomposition qui constituent actuellement les éléments les plus originaux de ces civilisations en déclin. Il serait facile d'en donner des exemples dans l'ordre des lettres et des arts, mais ce n'est pas ce dont il s'agit ici. Ce qui nous intéresse c'est qu'en 1917, la première révolution socialiste a triomphé en Russie et que ce grand phénomène historique a été le point de départ d'une nouvelle civilisation, qui, au milieu des difficultés les plus grandes, s'est développée régulièrement pendant 30 ans.

    Elle est encore toute jeune, mais son contenu est déjà assez riche pour nous permettre de porter sur elle un jugement d'ensemble. L'aspect le plus original, c'est le développement d'une civilisation dans une société sans classes. Grands propriétaires fonciers et paysans, capitalistes et prolétaires ont cessé de se combattre ; tous les antagonismes de classes ont disparu. Pour la première fois dans l'histoire apparaît une société où la notion de classe perd peu à peu toute signification.

    Cela ne s'est pas accompli miraculeusement. Il a fallu un long effort, des batailles qui ont même été marquées par des avances et des reculs. En gros, il a fallu 15 ans pour vaincre les éléments sociaux qui voulaient maintenir la vieille exploitation de l'homme par l'homme. La dernière étape décisive a été la lutte contre la classe des paysans riches, les koulaks, qui portait en elle tous les espoirs d'un retour au capitalisme.

    Les koulaks étaient définitivement vaincus en 1932 et depuis la société sans classes n'a cessé de se renforcer. Edifier une société sans classes est une entreprise gigantesque. Il faut d'abord mettre hors d'état de nuire la petite minorité d'exploiteurs qui détient les richesses fondamentales. Cela est une œuvre révolutionnaire. (...) Depuis longtemps, il n'existe plus de classes antagonistes en U.R.S.S. mais il existe encore des couches sociales différentes. On en distingue trois principales : les paysans kolkhoziens, les ouvriers et les intellectuels. (...)

    La civilisation soviétique a également pour condition la fin des antagonismes d'ordre national. L'U.R.S.S. est le premier état multinational où de nombreux peuples différents sont associés sur un pied d'égalité absolue. Au temps des Tsars, les Russes opprimaient de façons diverses la plupart des peuples qui composaient l'Empire. Le gouvernement révolutionnaire a aidé d'abord ces peuples à se débarrasser de l'exploitation capitaliste ou féodale, puis il a reconnu à tous des droits égaux et fait du nouvel Etat soviétique une Fédération de Républiques associées dont la liberté, proclamée par la Constitution, va jusqu'au droit de séparation.

    Le gouvernement soviétique ne s'est pas contenté de reconnaître et de proclamer l'égalité et l'autonomie des diverses nationalités, il a soutenu matériellement les groupes les plus retardataires pour leur donner la base économique sans laquelle la civilisation ne peut pas s'épanouir ; il a favorisé l'usage des diverses langues nationales et encouragé ces peuples à rechercher dans leur passé, dans leurs traditions, les éléments d'une culture originale. Ainsi s'est développée cette fraternité sans précédent qui unit étroitement tous les peuples de l'U.R.S.S. » (pp. 111-112.)

    « Le régime soviétique ne s'est pas contenté d'inscrire dans la Constitution l'égalité absolue de l'homme et de la femme, il a aidé la femme à participer à toutes les activités sociales sans exception, y compris la défense nationale. Et pour cela, il a pris un ensemble de mesures qui permettent de soulager la femme des fardeaux particuliers que lui impose la maternité. Le développement incomparable des maternités, des crèches, des garderies, des jardins d'enfants, des restaurants d'entreprises, des blanchisseries, etc..., a donné à la femme une liberté d'action qu'elle ne possède dans aucun autre pays.

    Cette égalité absolue entre hommes et femmes en Union soviétique a frappé les observateurs les plus superficiels, mais on n'en voit pas toujours toute la portée. C'est en effet un phénomène de civilisation d'une importance décisive. L'égalité réelle modifie profondément les rapports entre hommes et femmes. Les relations sentimentales ont une base plus saine et plus solide, parce que ce ne sont plus des rapports de supérieur à inférieur. C'est là sans doute la cause profonde de la consolidation régulière de la famille, visible en Union soviétique depuis de longues années, alors que dans les pays capitalistes on assiste au contraire à une crise croissante des rapports familiaux, en dépit de toutes les propagandes religieuses. » (p. 113.)

    « La collectivisation des moyens de production a permis au gouvernement de saisir dans son ensemble tout le processus de production et de répartition. Il est donc parvenu, non sans un long et grand effort d'organisation, à diriger de façon consciente toute l'activité économique du pays. Dans le monde capitaliste la production est commandée par la recherche individuelle du profit, de sorte que l'évolution générale résulte du heurt de forces contraires et aveugles. Les intérêts se choquent, s'entrecroisent, donnant des résultats inattendus qui sont en général très cruels pour le plus grand nombre et parfois désastreux pour la société tout entière.

    Aucun gouvernement n'a pu jamais établir un plan de développement pour une période un peu longue sans que les événements soient venus démentir ses prévisions. On passe ainsi de périodes de prospérité à des périodes de crise, les rivalités internationales s'aggravent et conduisent finalement à la guerre. Tout cela engendre une incertitude constante et entretient dans le monde une atmosphère d'insécurité et d'angoisse dont nous commençons à avoir une certaine expérience.

    En Union soviétique, les données de ce problème fondamental sont radicalement différentes. Le gouvernement est en mesure de préparer pour de longues périodes des plans de développement qui sont ensuite réalisés. La production étant connue avec une approximation suffisante, il est facile de donner à tous les citoyens les moyens de consommation correspondants, de déterminer la partie du revenu national qui sera consacrée soit à l'accumulation pour augmenter la production, soit à la défense nationale, soit enfin aux dépenses sociales et culturelles dont l'importance ne cesse de grandir d'une année à l'autre. Au désordre et à l'anarchie, succède l'ordre ; la sécurité remplace l'inquiétude ; le travail est garanti à tous. Enfin, et surtout, le pays tout entier prend conscience des buts que l'on peut, que l'on veut et que l'on doit atteindre.

    Sans doute, ces prévisions peuvent être modifiées par l'intervention des ennemis extérieurs. La guerre a bouleversé le troisième plan quinquennal. Mais cela n'est pas un argument contre le régime qui, au contraire, avait prévu qu'il faudrait sans doute faire face à cette épreuve redoutable et qui a été capable de la surmonter victorieusement. La fin des crises et du chômage, la sécurité, un développement rapide de toutes les forces productives, voilà ce qu'apporté l'économie planifiée. Ce sont les conditions nécessaires au progrès de la civilisation, puisqu'il n'y a pas de civilisation progressive sans un fond solide de sécurité et de prospérité. Il convient encore de remarquer que la planification ne peut jouer ce rôle civilisateur que parce qu'elle développe chez chaque citoyen le sentiment des responsabilités sociales. La planification est un puissant instrument de transformation de la conscience individuelle. Chaque travailleur participe, selon ses moyens, à la préparation du plan, il considère ensuite comme une affaire d'honneur l'accomplissement de la tâche, et les succès développent la confiance dans ses propres forces. » (pp. 113-114.)

    « Ce qui importe avant tout, c'est la naissance de l'homme nouveau, de l'homme socialiste. Comment est-il actuellement ? Il apparaît d'abord comme passionnément attaché à sa patrie. Il ne s'agit pas ici d'un patriotisme de commande, résultant d'une propagande habile. Il a dans son cœur le souvenir de tous les sacrifices, de tous les efforts consentis pour sortir de la misère et de l'état arriéré où il était plongé au temps des tsars.

    Il a lutté et vaincu pendant trente ans. Les belles usines, les barrages, les maisons nouvelles, les écoles, le métro de Moscou, les kolkhoz, tout cela est le produit de son travail persévérant, tout cela lui appartient et lui garantit son avenir. Ces hommes qui ont travaillé sans ménager leur peine, se sont sentis liés entre eux par une solidarité indestructible. Le citoyen soviétique aime son pays parce que c'est lui qui l'a construit et défendu et qu'il peut être fier de son œuvre. Cette fierté paraît à certains un peu puérile.

    Mais comment ne serait-il pas orgueilleux devant tant de réalisations, comment n'aimerait-il pas cette terre à laquelle il a donné tant de sueur et aussi tant de sang ? Et cela est également le secret de l'attachement passionné que l'homme soviétique éprouve pour ceux qui l'ont guidé au milieu des difficultés et des dangers, et avant tout pour le plus grand d'entre eux, pour Staline. Ceux qui s'imaginent que cet amour n'est que le résultat d'une propagande bien menée, tournent le dos à la réalité. Charles Maurras disait en parlant de Pétain : « Enfin les Français ont quelqu'un à aimer ! ».

    La propagande n'a pas manqué, mais l'amour n'est pas venu. L'affection du peuple soviétique pour ses dirigeants a pour fondement une confiance qui n'a cessé de se développer au cours de trente ans d'efforts et de succès communs. Les dirigeants soviétiques n'ont pas trompé le peuple soviétique, ils n'ont pas cherché à le nourrir d'illusions, ils lui ont toujours parlé le dur langage de la raison, c'est pourquoi cette confiance est méritée. L'affection pour Staline ne se distingue pas en fait dans le peuple soviétique de l'amour pour la Patrie, parce que Staline a été le bâtisseur de la patrie soviétique.

    Le citoyen soviétique se distingue aussi par son enthousiasme et sa confiance dans l'avenir. Il existe toujours des trésors d'enthousiasme dans le peuple, mais l'oppression de classe le refoule systématiquement et l'empêche de se déployer. Quand le peuple soviétique a été débarrassé de ses exploiteurs il s'est mis courageusement au travail, sans s'effrayer des difficultés, et régulièrement, irrésistiblement, il a progressé. Les succès ont nourri son enthousiasme qui s'est accompagné d'une confiance raisonnée dans un avenir toujours plus beau.

    Le citoyen soviétique a maintenant le sentiment qu'il est invincible, qu'il n'est pas de difficultés dont il ne puisse venir à bout. Cela paraît à certains, de la fatuité, de la présomption. Ces défauts existent bien quelquefois, mais exceptionnellement car Staline et les dirigeants soviétiques ont toujours eu soin de mettre en garde les peuples soviétiques contre ce danger. En tout cas, le découragement, le désespoir, la fuite devant les difficultés, si répandus dans nos sociétés occidentales, sont de plus en plus rares dans la société soviétique. Tous les citoyens soviétiques ne sont pas également fermes, il en est qui peuvent se décourager devant l'effort, mais ils ne représentent que des minorités qui ne cessent de décroître. » (p. 115-116.)

    « Etre libre signifie avoir la possibilité d'accomplir ce que l'on considère comme juste et nécessaire. Cette liberté n'existe pas en règle générale dans le monde capitaliste. Les salariés, en raison de leur condition économique inférieure, n'ont d'autre liberté que de vendre leur puissance de travail. Les autres, ceux qui sont riches et se croient indépendants, n'ont qu'une liberté aveugle, car ce qu'ils entreprennent échoue le plus souvent devant des forces contraires. La liberté individuelle en régime capitaliste conduit aux crises et à la guerre, ce n'est pas une liberté, c'est un aveuglement.

    Au contraire, dans une société socialiste consciente des buts qu'elle veut atteindre, les hommes se sentent libres parce qu'ils ont les moyens de participer avec toute leur ardeur à la réalisation d'un but qui suscite leur enthousiasme. Il ne saurait y avoir d'autre liberté. Si l'on veut comprendre cela, il suffit de lire deux romans récents de J. P. Sartre, intitulés Les chemins de la liberté. Les héros, qu'il veut représenter comme des hommes libres, ne sont en réalité que le jouet des circonstances, et leurs réflexions sur la liberté tarit en eux toutes les sources de l'enthousiasme et de l'action. Ce sont des êtres désespérés, enfermés dans une solitude inhumaine.

    Ces livres, écrits à la gloire de la liberté, représentent un réquisitoire accablant contre la liberté telle que peut la concevoir notre civilisation. Au contraire, la liberté jointe à la conscience de ce qui est juste et nécessaire, emporte l'enthousiasme créateur et développe les liens de solidarité entre les hommes. C'est cette liberté qu'éprouve le citoyen soviétique. Il est le créateur conscient d'un monde fraternel, il n'est plus un malheureux perdu au milieu d'un univers absurde, il est au contraire affectivement lié à tous les êtres qui, avec lui, travaillent pour le même idéal. Trente ans de lutte, trente ans d'efforts n'ont pas seulement créé les fondements d'une civilisation nouvelle, ils ont aussi donné au monde un exemple. La civilisation soviétique est, à tous égards, la civilisation qui s'édifiera sur les ruines du monde capitaliste. » (p. 116.)

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