• - Comment l'anticommunisme nous aveugle ! Exemple du Cambodge... (En annexe Un document de l'UCML sur le Cambodge)

    Que savons-nous réellement de ce qui s'est passé au Cambodge du temps de Khmers rouges ? Un film à grand spectacle en guise de propagande de la CIA, les télés, les radios et les journaux qui nous ont abreuvées d'images plus insoutenables les unes que les autres , mais qui provenaient d'où, de quelle période ?

     

    Bref, en réalité nous ne savons rien d'autres que ce que l'impérialisme US a bien voulu nous faire croire...

     

    Voici un témoignage, il vaut ce qu'il vaut en attendant d'avoir une étude historique sérieuse sur la question...

     

    Un témoignage d'Israel Shamir, écrit en 2013

    - Comment l'anticommunisme nous aveugle ! Exemple du Cambodge...

    En ce moment, à la saison des moussons, le Cambodge est verdoyant, frais et paisible. les rizières au flanc des collines basses sont inondées, les forêts qui abritent de vieux temples sont impénétrables, la mer violente repousse les nageurs.

    C’est bien agréable pour revisiter ce modeste pays : le Cambodge n’est pas surpeuplé, et les Cambodgiens ne sont pas des gens âpres au gain, ils sont apaisés. Ils pêchent la crevette, le calamar, tout ce qu’offre la mer, et Ils cultivent du riz sans herbicides, repiqué et récolté à la main. Ils en produisent assez pour eux-mêmes, et en exportent aussi; bref, ce n’est pas le paradis, mais le pays s’en sort. 

     

    Le socialisme est en plein démantèlement. Des usines appartenant à des Chinois continuent à produire pour le marché américain et européen de T-shirts fabriqués par des dizaines de milliers de jeunes filles cambodgiennes qui gagnent 80 dollars par mois. Elles sont mises à la porte à la moindre velléité syndicale.

     

    Les nouveaux-riches vivent dans des palaces, il y a beaucoup de voitures Lexus, et les Rolls Royce ne sont pas rares. De grands troncs d’arbres rouges et noirs, des bois durs et précieux, sont constamment convoyés vers le port, ce qui vient à bout des forêts et enrichit les commerçants. Nombreux sont les restaurateurs français dans la capitale. Et les agents des ONG gagnent en une minute l’équivalent du salaire mensuel d’un travailleur.

    - Comment l'anticommunisme nous aveugle ! Exemple du Cambodge...Il ne reste pas grand chose de la période turbulente où les Cambodgiens ont essayé de changer l’ordre des choses radicalement, lors de leur révolution traditionnaliste, résolument conservatrice, paysanne et unique, sous la bannière communiste.

     

    C’était l’époque de Godard et de La Chinoise, de la Révolution culturelle en Chine envoyant les bonzes en rééducation dans des fermes reculées, et des Khmers rouges décidés à écraser le capital corrompu.

     

    Le mouvement socialiste se trouvait face à un choix: avancer vers plus de socialisme, dans le style maoïste, ou faire marche arrière, à la façon de Moscou. L’expérience des Khmers rouges ne dura que trois ans, de 1975 à 1978.

     

    Curieusement, les Cambodgiens n’ont pas de mauvais souvenirs de cette période. C’est une découverte ahurissante pour qui ne leur rend pas souvent visite. Je ne venais pas pour reconstruire “la vérité”, quelle qu’elle soit, mais plutôt pour comprendre en quoi consiste la mémoire collective des Cambodgiens, comment ils perçoivent les événements de la fin du XX° siècle, quel est le récit qui s’est décanté au fil du temps.

     

    La machinerie toute puissante de l’Occident a implanté dans notre conscience une image de Khmers rouges communistes cannibales, saignant leur propre peuple à mort, et gouvernés par un Pol Pot de cauchemar, le dictateur par antonomase.

     

    RJ. Rummel, professeur américain souvent cité, a écrit que “sur une population de près de 7. 100 000 en 1970, environ 3. 300 000 hommes, femmes et enfants ont été assassinés… la plupart par les Khmers rouges communistes”. Une personne sur deux, donc, selon son estimation.

     

    Cependant, la population du Cambodge a plus que doublé depuis 1970, malgré les multiples génocides allégués. Apparemment, donc, les génocidaires étaient des gens ineptes à moins que leurs records aient été très exagérés.

     

    Le Pol Pot dont se souviennent les Cambodgiens n’était pas un tyran, mais un grand patriote et un nationaliste, amoureux de la culture locale et du mode de vie autochtone. Il avait grandi dans les cercles du palais royal ; sa tante était une concubine du roi précédent. Il avait fait des études à Paris, mais au lieu de faire de l’argent et de se bâtir une carrière, il était rentré chez lui, et avait passé quelques années à vivre avec des tribus de la forêt pour apprendre des paysans.

     

    Il éprouvait de la compassion pour les villageois qui se voyaient chassés tous les jours par les citadins, les parasites de la bourgeoisie compradore. Il avait levé une armée pour défendre la campagne contre ces brigands assoiffés de pouvoir.

     

    Pol Pot, un ascète aux goût simples, ne convoitait ni richesse, ni gloire ni pouvoir pour lui-même. Il avait une ambition : en finir avec le capitalisme colonial dévastateur au Cambodge, revenir à la tradition villageoise, et à partir de là, construire un nouveau pays.

     

    Sa vision était très différente de celle des soviétiques. Ils avaient bâti leur industrie au détriment de la paysannerie ; Pol Pot voulait d’abord relever les villages, et ensuite édifier une industrie capable de satisfaire les besoins des villageois. Il tenait les citadins pour des bons à rien, il s’en méfiait. Beaucoup d’entre eux étaient en cheville avec les requins de la bourse, typiques du Cambodge post-colonial ; d’autres prêtaient main-forte aux compagnies étrangères pour dépouiller le peuple de ses richesses.

     

    Nationaliste solide, Pol Pot se méfiait des minorités vietnamienne et chinoise. Mais ce qu’il détestait par-dessus tout, c’était la cupidité, l’obsession pour l’accaparement. Saint François et Tolstoï l’auraient compris.

     

    Les Cambodgiens avec qui j’ai parlé souriaient à l’évocation des histoires d’holocauste communiste comme autant de calembredaines occidentales. Ils me rappelaient ce qui s’était passé: leur brève histoire de troubles avait commencé en 1970, lorsque les Américains avaient chassé leur dirigeant légitime, le prince Sihanouk, pour le remplacer par leur agent, le dictateur militaire Lon Nol.

     

    Lon Nol, c’était la corruption personnifiée, et son équipe avait volé tout ce qu’elle pouvait ; ils avaient transféré leurs profits mal acquis à l’étranger, puis s’en étaient allés vivre aux USA. Pour couronner le tout, les raids et bombardements américains. Les paysans fuyaient et rejoignirent la guérilla de Pol Pot dans la jungle. C’étaient des diplômés de la Sorbonne qui les dirigeaient, et ils parvinrent à chasser Lon Nol et ses soutiens américains.

     

    En 1975, Pol Pot s’empara du pays, dévasté par une campagne de bombardements US aussi féroce que celle de Dresde, et il fut un sauveur, disent-ils. En fait, les avions US (rappelez-vous la chevauchée des Walkyries dans Apocalypse Now) ont lâché plus de bombes sur ce malheureux pays que sur l’Allemagne nazie, et ils ont laissé leurs mines partout autour.

     

    Si l’on presse les  Cambodgiens de nommer leur massacreur en chef (ils n’aiment pas du tout se replonger dans le passé) c’est Henri Kissinger qu’ils mentionnent, et non pas le camarade Pol Pot.

     

    Pol Pot et ses amis héritaient d’un pays dévasté. Les villages avaient été vidés ; des millions de réfugiés affluaient dans la capitale pour échapper aux bombes américaines et aux mines américaines. Dépossédés, affamés, il fallait les nourrir. Mais à cause de la campagne de bombardements, personne n’avait semé de riz en 1974. Pol Pot envoya tout le monde hors de la ville, pour aller planter du riz. Décision cruelle mais nécessaire, et en moins d’un an, le Cambodge regorgeait de riz, assez pour nourrir la population et pour vendre le surplus, ce qui permettait aux familles de faire quelques achats.

     

    Le Cambodge nouveau (désormais Kampuchéa) sous Pol Pot et ses camarades devint un cauchemar pour les privilégiés, les riches et leurs satellites; mais les pauvres avaient à manger et on leur apprenait à lire et à écrire. Et les histoires de meurtres de masse ne sont que des histoires à dormir debout, m’assurent mes interlocuteurs cambodgiens. Certes, les paysans victorieux ont descendu des maraudeurs et des espions, mais il en en est mort bien plus à cause des champs minés par les Américains, et durant la domination vietnamienne, disent ils.

     

    Pour entendre un autre son de cloche, je me suis rendu aux champs de la mort de Choeung Ek, où se trouve le Mémorial, sur le lieu des massacres supposés. C’est à quelque 30 km de Phnom Penh, il y a un beau parc vert avec un petit musée, que les touristes visitent beaucoup, c’est  le Yad va-Shem des Cambodgiens.

     

    Une plaque explique que les gardes rouges khmers amenaient une vingtaine ou une trentaine de détenus deux ou trois fois par mois, et en tuaient une bonne partie. Au bout de trois ans, cela fait moins de deux mille morts, mais une autre plaque affirme qu’on a exhumé environ huit mille corps. Et il y a aussi une autre plaque qui parle de plus d’un million d’exterminés. Noam Chomsky en a conclu que le taux de mortalité au Cambodge a sans doute été gonflé, “multiplié par mille.”

     

    Pas de photos des exécutions; mais le modeste musée expose deux tableaux naïfs montrant un gros costaud en train de mettre à mort un petit bonhomme tout faible, tout à fait dans le style traditionnel. Il y a d’autres plaques : “ici étaient stockées les armes du crime, mais il n’en reste plus rien”, et encore d’autres comparables.

     

    Pour moi, tout cela me rappelait d’autres histoires ficelées par la CIA sur les atrocités communistes, qu’il s’agisse de la Terreur sous Staline ou de l’Holodomor des Ukrainiens.

     

    Désormais, les gens qui commandent aux USA, en Europe et en Russie veulent présenter toute alternative à leur régime comme inepte ou sanguinaire, ou les deux à la fois. Ils détestent particulièrement les dirigeants incorruptibles, qu’il s’agisse de Robespierre ou de Lénine, de Staline, de Mao ou de Pol Pot. Ils préfèrent les dirigeants souples, et à l’occasion les installent dans la place.

     

    Les Américains ont une autre motivation personnelle là-dedans : les meurtres de Pol Pot servent à faire oublier leurs propres atrocités, les millions d’Indochinois liquidés au napalm.

     

    Les Cambodgiens affirment que plus de gens ont été tués par l’invasion vietnamienne de 1978 ; tandis que les Vietnamiens préfèrent en imputer la faute aux Khmers rouges. Mais le gouvernement actuel n’encourage aucune espèce de fouille dans le passé, et ce pour une bonne raison : pratiquement tous les officiers importants au-dessus d’un certain âge étaient membres des Khmers rouges, et en étaient des cadres. Qui plus est, presque tous avaient collaboré avec les Vietnamiens. Le premier ministre Hun Sen était commandant parmi les Khmers rouges, et ensuite il soutint l’occupation vietnamienne. Quand les Vietnamiens ont plié bagage, il est resté au pouvoir.

     

    Le prince Sihanouk, qui devait se voir obligé de quitter le pays par les Américains, soutenait également les Khmers rouges. Il est revenu s’installer dans son palais royal flanqué du temple d’argent qui abrite le Bouddha d’émeraude après le départ des Vietnamiens.

     

    Et, incroyable mais vrai, il est toujours de ce monde, après avoir passé la couronne à son fils, un moine qui a dû quitter son monastère pour assumer le trône. Aussi la famille royale ne tient-elle pas non plus à ce qu’on creuse dans le passé. Personne ne veut en débattre publiquement ; l’histoire officielle des atrocités imputées aux Khmers rouges est ancrée dans la conscience occidentale, mais les tentatives pour en faire juger les auteurs ne donnent pas grand-chose.

     

    Si l’on regarde en arrière, il apparait que le régime de Pol Pot a certes échoué dans sa politique étrangère, mais non pas à l’intérieur. Ils avaient bien fait d’abolir l’argent, de dynamiter les banques et d’envoyer les banquiers dans les rizières.

     

    Et bien fait de liquider les buveurs de sang, les compradores et usuriers de la grande ville. Ils ont eu le tort de ne pas bien estimer leur position vis-à-vis du Vietnam, et de surestimer leur propre poids. Le Vietnam était très puissant, juste après avoir vaincu les USA, et n’allaient pas admettre de sottises de la part de leurs cadets à Phnom Penh.

     

    Les Vietnamiens avaient prévu de créer une fédération indochinoise qui inclurait le Laos et le Cambodge sous leur propre direction. Ils ont donc envahi et éjecté les Khmers rouges têtus qui tenaient trop à leur indépendance. Et ils ont renchéri sur la légende noire du génocide de façon à justifier leur propre intervention meurtrière.

     

    Nous parlons trop des horreurs commises sous des régimes futuristes, et trop peu de celles des gouvernants rapaces. Nous ne rappelons pas assez la famine du Bengale, l’holocauste d’Hiroshima, la tragédie du Viet Nam, ou simplement Sabra et Chatila.

     

    L’introduction du capitalisme en Russie a tué plus de gens en Russie que l’introduction du socialisme, mais qui est au courant ?

     

    Nous pouvons désormais réévaluer avec précaution les intrépides tentatives pour atteindre le socialisme dans plusieurs pays. Elles se faisaient dans des conditions hostiles, sous la menace de l’intervention, et en affrontant une propagande hostile. Mais ne perdons pas de vue que si le socialisme a échoué, le capitalisme aussi. Si le communisme a coûté bien des vies, le capitalisme de même. La différence, c’est qu’avec le capitalisme, nous n’avons aucun avenir qui mérite d’être vécu, tandis que le socialisme continue d’offrir un espoir, pour nous et pour nos enfants.

     

    Israel Shamir

     

    Commentaire d'un lecteur :

     

    Bonjour à toi.

    Je te remercie pour cette traduction en français de Israel Shamir, "Pol Pot Revisited", CounterPunch, Sept. 18, 2012.

     

    Sans préjudice des positions réelles ou supposées de "Israel Shamir" sur d'autres sujets, le constat qu'il a dressé, en se rendant sur place, confirme l'expérience que j'ai eue, à la fin des années 1970, en soutenant le Kampuchea Démocratique contre l'invasion vietnamienne.

     

    Le reproche, que je partage, fait aux camarades du PCK est que, par nationalisme, "ils ont eu le tort de ne pas bien estimer leur position vis-à-vis du Vietnam, et de surestimer leur propre poids."

     

    "La clique Le Duan est en train d'affamer des millions de personnes et les condamner à mourir de faim. La verdure des campagnes et des villages, la verdure des rizières aménagées pendant plus de 3 années de labeur de tout un peuple et qui portaient des cultures en toute saison, a complètement disparu et fait place a un aride paysage de désert même en pleine saison des pluies. Jamais dans son histoire, la Kampuchea n'a connu autant de devastations que celles provoquées par les mains criminelles de la clique Le Duan et de ses troupes d'agression [...]" ("Déclaration du Département de la Presse et de l'Information du Ministère des Affaires étrangères du Kampuchea Démocratique sur le nouveau crime perpétré par la clique Le Duan qui effectue des ratissages de grande envergure pour détruire les cultures du riz et couper les vivres au peuple du Kampuchea". Le 29 Septembre 1979).

     

    Amitiés internationalistes.

     

    OB

     

    ANNEXE (Un document de l'UCML sur le Cambodge) :

    - Comment l'anticommunisme nous aveugle ! Exemple du Cambodge... (En annexe Un document de l'UCML sur le Cambodge)

    SUR LA POLITIQUE DES KHMERS ROUGES

    1        Notre politique en ce qui concerne la situation au Kampuchéa est claire et nette : nous soutenons la résistance armée du peuple khmer contre l'invasion vietnamienne. Nous soutenons les Khmers rouges, qui sont la force principale, et la force politique dirigeante, de cette résistance. Pour soutenir de façon indépendante et efficace les khmers rouges dans la phase actuelle - guerre populaire prolongée contre l'envahisseur vietnamien -, il est nécessaire d'avoir une analyse périodisée de leur action politique.


     
            C'est cela qui fonde le caractère marxiste de notre propre intervention internationaliste. C'est nécessaire pour que notre intervention, en tant qu'organisation de type parti, soit indépendante, étayée sur notre propre expérience, homogène à notre ligne générale. C'est nécessaire aussi parce que les bourgeoisies tentent d'organiser l'opinion contre les khmers rouges en fusionnant toutes les étapes, et en répandant, sur cette base, force mensonges, qui convergent vers l'acceptation de l'invasion, vers la capitulation face au social-impérialisme.


     
            Il y a quatre étapes dans l'action des khmers rouges :
     
    -a) de 61 à 70, création, difficile, du PCK, qui témoigne d'une volonté farouche d'indépendance par rapport au parti Vietnamien. La lutte armée contre Sihanouk est engagée alors que le PCV souhaiterait, vu ses propres intérêts nationaux qu'elle ne le soit pas. C'est donc une phase d'apparition d'une direction politique populaire proprement nationale, dans un contexte " encore limité " de guerre civile révolutionnaire.
     
    -b) de 70 à 75, le PCK joue un rôle déterminant dans la guerre de libération nationale contre l'envahisseur américain et son fantoche Lon Nol. Conformément à l'enseignement maoïste, la guerre de libération est menée dans le cadre d'un front uni avec l'adversaire de la veille (Sihanouk), les khmers rouges conservant leur autonomie politique et militaire. Les démêlés avec les Vietnamiens se poursuivent, à l'intérieur d'une alliance objective contre les américains. Notre brochure donne, sur ces deux périodes, tous les repères historiques, et les documents indispensables.


     
    -c) de 75 à la fin de 78, les khmers rouges entreprennent une gigantesque révolution sociale. Evacuation des villes, système généralisé de coopératives collectivistes, suppression de la monnaie etc... Les forces politiques alliées dans la période précédente, les sihanoukistes, sont neutralisées ou éliminées. L'affrontement avec les Vietnamiens se poursuit sous diverses formes.


     
    - À l'intérieur, tentatives répétées de coups d'Etats, entraînant, surtout, semble-t-il, à partir du début de 77, des épurations et répressions considérables, y compris à l'intérieur du PCK et de l'armée.
     
    - À l 'extérieur, escarmouches constantes sur la frontière, maintien d'un lourd dispositif militaire de défense.
     
    -d) De janvier 79 à aujourd'hui, invasion vietnamienne. Nouvelle phase de guerre de libération nationale. Les khmers rouges proposent un vaste front uni sur la seule base de la volonté de résistance, et annoncent pour l'avenir une phase de démocratie bourgeoise (élections libres sous le contrôle de l'ONU).Nous voudrions ici spécifier notre méthode, et nos premières conclusions, en ce qui concerne la troisième période (75-79), et surtout quant aux articulations de cette période avec celles qui l'encadrent. Nous posons finalement deux questions:
     
       - Dans quelles conditions politiques les khmers rouges ont-ils pris le pouvoir en 75 ?
     
       - Dans quelles conditions politiques ont-ils abordé l'invasion vietnamienne ?


     
            Tenter de répondre à ces questions éclaire la phase en cours, ses difficultés, son avenir, et renforce une juste politique de soutien internationaliste aux khmers rouges, dans les conditions qui sont les nôtres.2         Nous posons ces questions aujourd'hui. La dialectique marxiste part des faits. C'est à partir de faits politiques massifs qu'elle peut fixer les étapes d'un processus. Le bilan d'une expérience révolutionnaire ne se fait pas n'importe quand, comme le croient les bourgeois et les trotskystes. Il se fait à partir des ruptures qualitatives internes à cette expérience.


     
            Quelle est la rupture qualitative dont nous parlons ? Celle-ci : il est clair, après un an de guerre, y compris du point de vue des khmers rouges, que l'Etat mis en place sous la direction du PCK en 75 s'est effondré.
     
            Nous ne disons pas que toute forme d'activité étatique a disparu. Il y a une activité diplomatique. Il y a un territoire contrôlé par la résistance. Mais ce territoire est dispersé, et constitue plutôt des bases d'appui pour la guerilla qu'une zone libérée stable. C'est plutôt les monts Tsinkiang que Yénan. Il y a enfin des activités militaires. Mais, disent les khmers rouges, plus d'armée régulière : tout le dispositif a dû être organisé sur la base de petits groupes de guérilla.


     
            Si nous fondons notre analyse de l'Etat mis en place par les khmers rouges en 75-78 sur l'observation des effets de l'invasion vietnamienne, plan d'épreuve historique matérialiste inévitable, nous constatons:
     
    a- Que les critères majeurs de l'existence d'un Etat ne sont plus remplis. Il n'y a ni contrôle du territoire, ni armée régulière, ni politique unifiée. C'est en ce sens que nous parlons d'un effondrement.
     
    b- Simultanément, il faut constater qu'entre la nature de l'Etat en 75-78 et les orientations actuelles du PCK, il y a une mutation radicale. La tentative collectiviste s'est écroulée. Les khmers rouges eux-mêmes déclarent renoncer à toute perspective de type socialiste pour une longue période historique.


     
    C'est donc un fait que les khmers rouges n'ont pu mener à bien ce qui est le propre des deux grandes classes politiques de notre temps :
     
    a- assumer la question nationale
     
    b- dans le cadre d'un Etat conforme à leur perspective stratégique (bourgeois, ou socialiste)
     
    Staline a subi au début de la guerre avec les nazis de très sévères échecs militaires. Le territoire national a été largement envahi et dévasté. Mais il a continué à incarner de bout en bout la résistance nationale, le caractère national de l'Etat, sans avoir à subir un effondrement de cet Etat, ni se trouver acculé à en changer qualitativement la nature. L'Etat des khmers rouges, en revanche, s'est effondré. La société civile, dont cet Etat était le garant, est disloquée. Tel qu'il était conçu et pratiqué, l'Etat des khmers rouges n'a pas pu structurer la résistance nationale de façon prolongée, sans se modifier de fond en comble, y compris dans sa perspective stratégique.


     
        Tel est le point de départ obligé de l'analyse, qui peut donc être légitimement proposée aujourd'hui, et qui interroge la nature politique de l'entreprise du PCK entre 75 et 78. 3         La lutte prolongée et la victoire complète sur la question nationale est une école politique impérative des partis communistes, des révolutionnaires et des peuples. Sur la question de la société nouvelle, de son Etat, de ses perspectives, l'indépendance nationale est une condition interne absolument incontournable. À cet égard, l'entreprise étatique des khmers rouges entre 75 et 78 s'avère, dans les faits, inappropriée. Nous disons l'entreprise étatique. Ceci ne signifie pas que le parti des khmers rouges, le PCK, cesse d'être la direction politique populaire. Le propre d'un parti est de surmonter ses erreurs, y compris ses erreurs étatiques.


     
    Les khmers rouges se sont les premiers, dans les conditions de la lutte armée, affrontés aux deux superpuissances, à leurs fantoches, à leurs clients. Ils ont donc rencontré la question nationale dans les conditions de notre temps. Comment ils y ont répondu, quels furent leurs tâtonnements, leurs impasses : voilà un point de marxisme décisif pour tous les peuples, tous confrontés, dans les conditions de la tendance à la guerre, à la même question : qu'en est-il de la question nationale face aux deux superpuissances ?4         Voici nos hypothèses.
     
            De 70 à 75, les khmers rouges ont victorieusement pratiqué la question nationale face à la superpuissance américaine. La forme de l'action était caractéristique de l'époque : guerre populaire de libération nationale, dans le cadre d'un front uni.


     
            La question nationale est-elle réglée en 75 avec le départ des américains et l'écroulement de Lon Nol ? Est-elle réglée au point qu'on puisse rompre le front uni ? Qu'on puisse s'engager dans une voie de collectivisme accéléré, dans une révolution sociale d'une radicalité sans précédent ?


     
            Non. La question nationale n'est pas réglée face à la deuxième superpuissance, et face à l'expansionnisme vietnamien. Elle l'est d'autant moins que les ambitions du Vietnam sont connues et ont déjà pesé tout le long des étapes précédentes, et que le Vietnam dispose de nombreux agents locaux. Les khmers rouges disent du reste aujourd'hui que le Vietnam maintiendra sa pression annexionniste sur une longue période. Et que donc la nouvelle politique de front uni, centrée sur la question nationale, est destinée à être l'axe du PCK de façon très prolongée, au-delà du retrait des troupes vietnamiennes. Il y a là, de fait, une autocritique, qui reconnaît que la question nationale n'a jamais cessé de dominer la situation politique du peuple khmer, depuis 1970 au moins.
     
      Dans ces conditions, fallait-il prendre le pouvoir en 75 ? Nous voulons dire : le prendre seuls, dans la volonté affichée, de passer immédiatement à l'étape de la révolution socialiste ? N'était-il pas nécessaire de conserver le front uni ? D'associer les " bourgeois nationaux " à la vie politique, y compris si nécessaire à la direction de l'Etat ? De conserver ses forces militaires et l'appareil politique indépendant, quitte, si Sihanouk ou tout autre trahissait, pactisait avec les vietnamiens, à affronter alors l'envahisseur et ses complices dans une situation de légitimité nationale et populaire qui aurait fait des khmers rouges, une seconde fois, les unificateurs incontestables de la nation ?


     
            Des signes sont donnés dans ce sens par l'entreprise collectiviste de 75 - 78 elle-même. Son extrême violence s'explique en partie par l'histoire, par la faiblesse de l'encadrement politique des masses, par la volonté de revanche du paysannat, et surtout par la présence à tous les niveaux, de complices des vietnamiens dans le parti et dans l'Etat.


     
            Ce dernier point montre que jusqu'au cœur de l'appareil politique, les contradictions mêlaient inextricablement question nationale et questions de l'édification. Tout opposant sur la révolution sociale pouvait être tenu pour un traître sur la question nationale ? Ou celle de la révolution sociale ? Toute confusion entraîne le déchaînement des violences.


     
            Les khmers rouges ont édifié leur Etat sur la base de la théorie des " deux peuples " : ceux qui avaient combattu les américains et Lon Nol (peuple ancien), ceux qui ne l'avaient pas fait (peuple nouveau). Ce " peuple nouveau " a été pratiquement exclu de la politique, traité de façon discriminatoire, et souvent brutale, dans la société civile.


     
            Du point de vue des principes, il n'y a qu'un seul peuple. Le Parti est noyau dirigeant du peuple entier.
     
            La théorie des deux peuples est une projection, dans une nouvelle étape, des résultats de l'étape précédente. La guerre civile avec les partisans de Lon Nol était terminée. Maintenir les camps de cette guerre civile à l'intérieur de la nouvelle société civile prolongeait, en quelques sorte, la guerre dans la paix. D'où une sorte de militarisation du collectivisme, propice, eu égard à la faiblesse relative du PCK, à tous les excès.
     
    Enfin, au regard de la question nationale, non réglée, cet attachement aux camps de sa forme dépassée (contre la superpuissance américaine) bloquait l'unification la plus large possible dans sa forme actuelle (contre les vietnamiens et les soviétiques).


     
            Le collectivisme des khmers rouges n'a pas garanti une unité suffisante de la société civile pour rassembler au maximum le peuple entier face à l'envahisseur.
     
            Cette expérience nous rappelle que (et tout spécialement quand la question nationale est en jeu) la dialectique ne consiste pas à éliminer les ennemis, mais à vaincre leur politique. C'est à dire unifier le peuple contre cette politique.6         Voilà ce que nous pouvons dire aujourd'hui sur les faiblesses de l'Etat Khmer Rouge. Elles expliquent que la guerre après l'effondrement de cet Etat, soit difficile, bien que menée avec une ténacité peu commune, sous la direction, toujours, du PCK.
     
    Les khmers rouges sont du reste quasiment les seuls hommes politiques nationaux du Cambodge, depuis la trahison nationale publique de Sihanouk, et du fait que la plupart des autres " résistants " ne sont que des bandits et des trafiquants semble-t-il à l'heure actuelle.Notre ligne est de soutien internationaliste sans défaillance à la résistance khmère. Les thèmes en sont l'indépendance nationale, les superpuissances, l'identité du social-impérialisme, l'expansionnisme Vietnamien, les prises de position des bourgeoisies, et notamment du PCF là-dessus (liaison avec l'Afghanistan), la dimension idéologique du conflit (nouveaux philosophes, etc...).  L'approfondissement d'un bilan de gauche, totalement indépendant, des orientations des Khmers rouges aux différentes étapes doit être conçu comme un renforcement politique: sur la question nationale, sur la caractérisation des étapes d'un processus, sur les différents types de contradictions, sur l'Etat, sur le Parti.Groupe pour la fondation de L'UCFML
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  • Commentaires

    1
    Koba
    Dimanche 23 Octobre 2016 à 10:13

    Dommage, votre défense de ce régime monstrueux décrédibilise tout le reste.

    Le monstrueux régime khmer rouge de l'ordure Pol Pot, soutenu par la Chine, les USA et le Royaume-Uni, fut renversé par
    le Vietnam du glorieux Ho Chi Minh (un marxiste-léniniste conséquent) et l'URSS qui ont sauvé le peuple cambodgien de l'extermination. Les
    pourritures khmers rouges de Pol Pot n'avaient absolument rien de marxiste mais étaient en revanche très proches de la mystique
    écologiste : leur politique qui visait le retour à la terre, la décroissance industrielle et le refus de la médecine moderne fut chaudement soutenue par les écologistes français tels que René Dumont qui déclaraient que les khmers rouges menaient une véritable politique
    écologiste (en effet !).

     

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