• - A propos de l’histoire économique de l’URSS… Retour sur quelques mensonges...

    - A propos de l’histoire  économique de l’URSS… Retour sur quelques mensonges...Le statut et le rôle économique exact des kolkhozes tient une place essentielle dans le débat sur le rapport entre économie marchande et économie entièrement socialisée dans la phase de transition.

    Le désaccord fondamental entre le RCC-CHB et nous porte sur le fait de savoir si…

    « économie marchande  = marché »…

    Pour le RCC- CHB, la NEP aurait été en quelque sorte le prototype du « socialisme de marché », via la notion léniniste du « Capitalisme d’État »…

    Comme l’indique le dernier document envoyé par le camarade du RCC-CHB, il y a donc également, et clairement, dans son propos pour se justifier,  une équation :

    « NEP = « Capitalisme d’État » = « socialisme de marché » !!

    Or il se trouve que c’est là uniquement le point de vue des révisionnistes « modernes », pro-chinois ou non, et avant eux, de Trotski et de ses adeptes les plus cohérents avec leur « maître-à-penser », dont Michel Raptis, dit « Pablo », et de personne d’autre, à par les ignorants abreuvés à ces sources putrides…

     

    Néanmoins, l’un des « sports favoris » des révisionnistes pro-chinois est de tenter de faire endosser cette opinion à Staline, pour se donner un « look » idéologique pseudo-ML, après avoir déjà tordu complètement la conception léniniste de « Capitalisme d’État », qui, comme on l’a vu précédemment, et à l’évidence, n’est pas un système économique ni un mode de production en soi, mais simplement un type de rapport entre l’État et certains secteurs économiques, que ce soit sous le capitalisme ou le socialisme : 

    « …le capitalisme d’État dans une société où le pouvoir appartient au capital, et le capitalisme d’État dans l’État prolétarien, sont deux notions différentes. Dans la société capitaliste, le capitalisme d’État est reconnu par l’État qui le contrôle dans l’intérêt de la bourgeoisie et contre le prolétariat. Dans l’État prolétarien, la même chose se fait au profit de la classe ouvrière pour lui permettre de résister à la bourgeoisie encore puissante et de lutter contre elle. » 
    (Lénine, III° congrès de l’Internationale Communiste, Rapport sur la tactique du Parti Communiste de Russie, 5 juillet 1921   https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1921/07/vil19210705.htm  )

    Bien évidemment, sous la NEP, il y a coexistence d’un secteur privé minoritaire et d’un secteur économique socialiste dominant, dans tous les secteurs essentiels. Dans l’agriculture, cependant, le secteur privé est resté majoritaire jusqu’à la fin de la NEP, ce qui a entrainé une crise violente, nécessitant d’y mettre fin rapidement, ce qui est bien établi par les historiens russes modernes de l’économie, même non-communistes :

    https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/11/15/encore-une-legende-noire-demythifiee-lholodomor/

    Et donc, partant de cette conception falsifiée de la NEP, empruntée directement à Trotsky et aux révisionnistes, ces camarades tentent de faire endosser à Staline une réintroduction du « socialisme de marché » dans son ouvrage de préparation au XIXème Congrès (et dernier) du Parti Bolchévique…

    Et pour ce faire, le camarade du RCC-CHB joue sans cesse de cette confusion « économie marchande = marché », en utilisant, de manière tronquée, des morceaux d’un passage du texte de Staline raccordés entre eux par des raccourcis ad-hoc, alors que précisément, ce texte aboutit, in fine, à démontrer le contraire…

    On ne peut pas dire que le marché avait tout à fait disparu à cette époque en URSS, mais il était précisément réduit à l’échange avec les kolkhoziens, et sur une base déjà entièrement planifiée par l’État, ce qui incluait non seulement la planification de la plus grande partie de la production , mais aussi le contrôle des prix…

    C’est ce que l’on trouve encore clairement expliqué, non seulement dans le texte de Staline, mais aussi dans le Manuel Économique de l’Académie d’URSS, jusque dans sa deuxième édition, en 1955, juste avant la victoire totale des révisionnistes au XXème Congrès de 1956.

    Il nous paraît donc approprié, afin de dénoncer ce mensonge concernant cet élément essentiel de l’histoire de l’URSS, de republier aujourd’hui le Chapitre du Manuel Économique de l’Académie d’URSS consacré à ce sujet, ainsi que le passage complet de Staline, non « découpé » par les soins du RCC-CHB, et enfin, et à nouveau, le passage carrément conclusif du livre de Staline, précisément consacré à ce thème, pour montrer que cette survivance déjà très limitée du « marché kolkhozien » était en voie de disparition totale, à moyen terme, si la ligne du XIXème Congrès avait été appliquée… !

    Et donc, pour conclure, il n’est pas difficile de voir que la manipulation effectuée par le RCC-CHB, mais que l’on retrouve, quasi à l’identique, chez d’autres révisionnistes voulant se parer d’un discours pseudo « marxiste-léniniste » est, comme toute manipulation de ce genre, essentiellement malhonnête !!

    Le lecteur en jugera, en commençant par découvrir d’abord la prose trafiquée du RCC-CHB, et à la suite, les textes authentiques…

    EXTRAIT DU COURRIER DU RCC-CHB :

    « – Chine, Corée, Vietnam et Cuba expérimentent dans un tel contexte le « socialisme de marché » ou capitalisme d’Etat selon l’expression de Lénine lui même parlant de la NEP (nouvelle politique économique). »

    (ici et au préalable, le camarade du RCC-CHB fait un long préambule assimilant Chine, Vietnam, Cuba, (et moins clairement , la RPDC, qui semble changer de « statut », sur ce plan, entre les paragraphes!) à un ensemble dit du “socialisme de marché”….

    voir son texte>>> https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2017/08/doc-rcc-chb.pdf

    « – Une fois ceci établie, ces expériences seront, tôt ou tard, confrontées à la question fondamentale posée par Lénine: QUI L’EMPORTERA ? LA CLASSE OUVRIERE OU LA BOURGEOISIE?

    C’est cette confrontation inévitable interne et externe que le Parti Communiste de ces pays doivent préparée. Il faut donc rejeter le nihilisme puriste de certains charlatans éternels défaitistes qui passent leur temps à dénigrer en pistant les insuffisances, les erreurs (qui sont inévitables) de ces expériences et les condamnent de façon péremptoire sous le prétexte qu’il ne peut y avoir de « marché sans capitalisme ».

    C’est Staline, pourtant celui qui a mis fin à la NEP, qui est le meilleur pourfendeur de ces grands seigneurs idéalistes et « théoriciens » à la petite semaine quand il dénonce des économistes soviétiques dans ses « remarques sur les questions économiques » en 1952 qui prétendaient que « le socialisme supprime le marché ».

    • Staline écrit: « On ne peut identifier la production marchande à la production capitaliste. Ce sont deux choses différentes. La production capitaliste est la forme supérieure de la production capitaliste. La production marchande ne conduit au capitalisme que si la propriété privée des moyens de production existe; que si la force de travail apparaît sur le marché comme une marchandise que le capitaliste peut acheter et exploiter pour la production; que si, par conséquent, il existe dans le pays un système d’exploitation des ouvriers salariés par les capitalistes…On ne peut pas considérer la production marchande comme une chose se suffisant à elle-même, indépendante de l’ambiance économique. La production marchande est plus vieille que la production capitaliste. Elle existait sous le régime de l’esclavage et le servait, cependant elle n’a pas abouti au capitalisme. Elle existait sous le régime féodal et le servait, sans toutefois aboutir au capitalisme, bien qu’elle ait préparé certaines conditions de l’avènement de la production capitaliste. La question se pose : pourquoi la production marchande ne peut-elle pas de même, pour un temps, servir notre société socialiste sans aboutir au capitalisme, si l’on tient compte que la production marchande n’a pas chez nous l’extension illimitée et universelle qu’elle a dans les conditions capitalistes; … A l’heure actuelle, il existe chez nous deux formes essentielles de production socialiste; celle de l’Etat, c’est-à-dire du peuple entier et celles des Kolkhoz dont on ne peut dire qu’elle est commune au peuple entier… bien que les moyens de production (la terre et les machines) appartiennent à l’Etat, les produits obtenus sont la propriété des différents Kolkhoz qui fournissent le travail de même que les semences… les Kolkhoz ne veulent pas échanger leurs produits autrement que sous la forme de marchandises, en échange desquelles ils veulent obtenir les marchandises dont ils ont besoin. Les Kholkhoz n’acceptent pas aujourd’hui d’autres relations économiques avec la ville que celles intervenant dans les échanges par achat et vente de marchandises. Aussi la production marchande et la circulation des marchandises sont-elles chez nous, à l’heure actuelle, une nécessité pareille à celle d’il y a trente ans, par exemple, époque à laquelle Lénine proclamait la nécessité de développer au maximum la circulation des marchandises…aussi longtemps qu’existeront les deux principaux secteurs de production, la production marchande et la circulation des marchandises doivent rester en vigueur comme élément nécessaire et très utile dans le système de notre économie nationale…Par conséquent, notre production marchande n’est pas une production marchande ordinaire, elle est d’un genre particulier, c’est une production marchande sans capitalistes, se préoccupant pour l’essentiel des marchandises appartenant à des producteurs socialistes associés (Etat, Kolkhoz, coopératives) et dont la sphère d’action est limitée aux articles de consommation personnelle, qui ne peut évidemment se transformer en aucune manière en une production capitaliste et qui est destinée, avec son « économie monétaire », à aider au développement et à la consolidation de la production socialiste…Aussi ont-ils tort, les camarades qui …confondent la production marchande avec la production capitaliste et estiment que, du moment qu’il y a production marchande, il doit y avoir aussi production capitaliste. Ils ne comprennent pas que notre production marchande se distingue foncièrement de la production marchande en régime capitaliste » (Editions sociales de 1953, sélection du PCF) .

    Cette longue citation remet les pendules à l’heure sur la question controversée de la place et du rôle inévitable de la production marchande sous le socialisme. En URSS, la NEP était devenue un frein au développement des forces productives et avait fait entrer le pays dans une contradiction de classe qui a été historiquement tranchée par la socialisation de l’essentiel de l’économie nationale consacrée par la Constitution de 1935 en deux secteurs qui sont le secteur socialiste d’Etat et le secteur collectif paysan (Sovkhoz et Kolkhoz). La bourgeoisie avait été éliminée en tant que classe sociale. »

     

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    Manuel d’économie politique

    de l’Académie des sciences de l’URSS

    dominique[chez]d-meeus[point]beDernière modification le mardi 6 septembre 2016 à 3 h 46
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    35.3. L’exploitation collective des kolkhoz. La planification de la production kolkhozienne.

    Chapitre 35 — Le système socialiste d’agriculture 

    35.2. Les stations de machines et de tracteurs, base industrielle de la production kolkhozienne. 

    35.4. Les formes socialistes d’organisation du travail dans les kolkhoz. La journée-travail.

    Libérés de la nécessité de dépenser des sommes considérables pour acheter ou louer de la terre, ainsi que pour se procurer les principaux moyens de production, les kolkhoz peuvent utiliser leurs revenus croissants pour développer leur exploitation collective. L’exploitation collective du kolkhoze, organisée sur des terres appartenant à l’État, met en oeuvre l’outillage moderne concentré dans les S.M.T. et qui est la propriété du peuple entier. Les moyens de production de l’artel et les produits obtenus par lui sont propriété coopérative-kolkhozienne.

    Conformément à la nature de l’artel agricole, entreprise de type coopératif, les moyens de production socialisés font partie du fonds indivis du kolkhoz. Le fonds indivis du kolkhoz comprend les instruments de travail du kolkhoz, le bétail de trait et le bétail de rapport, les bâtiments, les moyens de transport, les entreprises auxiliaires, les plantations diverses, les ouvrages d’irrigation, les matériaux et l’argent destinés à développer l’économie collective. Il convient d’y ajouter les bâtiments à destination sociale et culturelle (clubs kolkhoziens, salles de lecture, jardins d’enfants, etc.) L’augmentation constante de fonds indivis est la condition essentielle du développement de l’économie collective des kolkhoz, de l’accroissement de la richesse kolkhozienne.

    Les kolkhoz consacrent leurs ressources à construire des locaux d’exploitation, des étables, des canaux d’irrigation et d’assèchement, des réservoirs d’eau, à défricher le sol, à édifier des centrales électriques kolkhoziennes et d’autres ouvrages. Les fonds investis par eux dans l’économie collective, qu’il s’agisse de leurs ressources propres ou du travail des kolkhoziens, sans compter les dépenses effectuées pour augmenter le cheptel, se sont élevés à environ 40 milliards de roubles en 1946-1950 et à 52 milliards en 1951-1954. Les kolkhoz ont en outre dépensé plus de 11 milliards de roubles en 1946-1950, et 6 milliards en 1951-1954 pour accroître leur bétail collectif et leur volaille.

    Grandes entreprises socialistes, les kolkhoz doivent être gérés selon un plan ; ils ne sauraient exister et se développer spontanément. Le développement planifié de l’économie collective des kolkhoz dans la voie d’un essor continu est la base de l’élévation du niveau de vie matérielle et culturelle des kolkhoziens. Faisant partie du système de l’économie socialiste, les kolkhoz doivent, en développant le plus possible leur exploitation collective, accroître toujours plus leur production marchande dans la proportion nécessaire à l’approvisionnement des villes et des centres industriels, aux besoins du commerce extérieur et à la création de réserves. On applique dans les kolkhoz une planification à long terme visant à promouvoir un essor rapide de l’agriculture dans les délais les plus brefs et en fonction de laquelle sont dressés les plans annuels.

    Le point de départ de la planification par l’État de la production kolkhozienne est la planification de la production marchande mise par les kolkhoz à la disposition de l’État.

    La production marchande des kolkhoz s’accroît en même temps que l’économie collective. La gestion planifiée de l’agriculture prévoit la nécessité d’une utilisation plus productive des terres cultivées. L’indice le plus important des résultats de l’activité économique des kolkhoz est l’obtention du maximum de production globale de l’agriculture et de l’élevage pour 100 hectares de terre (labours, prés, pâturages) et par journée-travail dépensée.

    Le plan d’État de développement de l’économie rurale prévoit un accroissement des livraisons à l’État des produits de l’agriculture et de l’élevage au titre des stockages obligatoires d’État, du paiement en nature des S.M.T., du règlement des contrats et des achats. Les S.M.T. se voient fixer le volume des travaux à effectuer à l’aide de tracteurs dans les kolkhoz. Les kolkhoz doivent, avec le concours des S.M.T., prévoir dans leur plan un niveau de production qui assure l’exécution intégrale des tâches assignées par le plan d’État pour la livraison et la vente à l’État des produits de l’agriculture et de l’élevage, et l’entière satisfaction des besoins de l’économie collective et des kolkhoziens eux-mêmes. Ils déterminent à cet effet, comme ils l’entendent, la superficie des emblavures, le niveau des rendements, le cheptel par espèces et la productivité de l’élevage, le système des mesures agrotechniques et zootechniques. Les plans d’ensemencement et d’élevage sont discutés et ratifiés par les assemblées générales des kolkhoziens.

    Ce mode de planification développe l’initiative des kolkhoz en vue d’obtenir le maximum de produits par hectare de terrain. Il renforce en même temps la responsabilité des kolkhoz et des S.M.T. quant à la livraison à l’État de la quantité nécessaire de produits de l’agriculture et de l’élevage.

    Ce mode de planification est appelé à accroître chez les kolkhoziens et les travailleurs des S.M.T. l’intérêt pour un développement dans les kolkhoz d’une économie à branches multiples, compte tenu des conditions naturelles et économiques des diverses régions du pays, et à multiplier les initiatives en ce sens.

    L’un des grands avantages des entreprises agricoles socialistes est qu’elles peuvent développer une économie àbranches multiples qui permet d’associer rationnellement les différentes branches de la production rurale, avant tout l’agriculture et l’élevage et d’obtenir le maximum de production à l’hectare. Dans les kolkhoz qui combinent judicieusement, en conformité avec les conditions naturelles et économiques de la région, la production des céréales, des plantes industrielles, des fourrages et des légumes, ainsi que l’élevage, la main-d’œuvre est utilisée de façon plus complète et plus régulière au cours de l’année, les indices de productivité du travail et les revenus sont plus élevés. Les rentrées de fonds se font plus régulièrement tout au long de l’année, ce qui permet de financer en temps voulu les mesures économiques appliquées.

    L’économie à branches multiples n’abolit pas, mais suppose au contraire la spécialisation des régions, des districts et des exploitations elles-mêmes par branche, par culture et par espèce de bétail. Une gestion rationnelle de l’exploitation rurale socialiste exclut aussi bien l’universalisme de la petite agriculture où l’on cultive de tout, principalement en vue de la consommation propre, que le développement unilatéral des exploitations capitalistes, qui se spécialisent généralement dans une culture déterminée (monoculture).

    La spécialisation de l’économie rurale socialiste signifie, premièrement, l’utilisation la plus complète des conditions naturelles et économiques concrètes propres à chaque région et district pour obtenir méthodiquement un produit nécessaire à la société (tel le coton dans les républiques soviétiques d’Asie centrale) ; deuxièmement, une combinaison judicieuse des branches économiques d’activité fondamentales et complémentaires et avant tout de l’agriculture et de l’élevage, des cultures céréalières, industrielles et potagères ; troisièmement, selon les particularités régionales, un choix de cultures et de bétail tel qu’il assure le maximum de produits de haute qualité avec le minimum de dépenses en travail et en moyens par unité de produit.

    La répartition planifiée de la production rurale dans le pays doit répondre, elle aussi, à ces exigences. Tout schématisme dans la répartition géographique des cultures et des variétés de bétail, toute application uniforme des assolements et de l’agrotechnique ne tenant pas compte des particularités naturelles et économiques de la région va à l’encontre des principes d’une gestion rationnelle de l’économie socialiste planifiée.

     Chapitre 35 — Le système socialiste d’agriculture 

     35.2. Les stations de machines et de tracteurs, base industrielle de la production kolkhozienne. 

     35.4. Les formes socialistes d’organisation du travail dans les kolkhoz. La journée-travail.

    Balisage en TEI

    Date: 2010-2014

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    LES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES DU SOCIALISME EN URSS

    J. STALINE

    http://michel.delord.free.fr/jstal-probecosoc.pdf

    Pages 7 à 10_

    « On ne peut pas non plus considérer comme une réponse l’opinion d’autres pseudo marxistes qui pensent qu’il conviendrait peut-être de prendre le pouvoir, de procéder à l’expropriation des petits et moyens producteurs à la campagne et de socialiser leurs moyens de production. Les marxistes ne peuvent pas non plus s’engager dans cette voie insensée et criminelle qui enlèverait à la révolution prolétarienne toute possibilité de victoire et rejetterait pour longtemps la paysannerie dans le camp des ennemis du prolétariat.

    Lénine a répondu à cette question dans ses ouvrages sur « l’impôt en nature » et dans son fameux « plan coopératif ». La réponse de Lénine se ramène brièvement à ceci :

    a) ne pas laisser échapper les conditions favorables à la prise du pouvoir ; le prolétariat prendra le pouvoir sans attendre le moment où le capitalisme sera en mesure de ruiner les millions de petits et moyens producteurs individuels ;

    b) exproprier les moyens de production dans l’industrie et les remettre en possession du peuple ;

    c)pour les petits et moyens producteurs individuels, on les groupera progressivement en des coopératives de production, c’est-à-dire en de grosses entreprises agricoles, les kolkhozes ;

    d)développer par tous les moyens l’industrie et assigner aux kolkhozes une base technique moderne, celle de la grande production ; ne pas les exproprier mais, au contraire, les fournir abondamment de tracteurs et autres machines de premier ordre ;

    e) pour assurer l’alliance économique de la ville et des campagnes, de l’industrie et de l’agriculture, on maintiendra pour un temps la production marchande (échange par achat et vente), comme la forme la seule acceptable pour les paysans des relations économiques avec la ville, et on développera à fond le commerce soviétique, le commerce d’État et le commerce coopératif et kolkhozien, en éliminant du commerce tous les capitalistes.

    L’histoire de notre édification socialiste montre que cette voie de développement, tracée par Lénine, s’est entièrement vérifiée.

    Il ne peut faire de doute que pour tous les pays capitalistes qui possèdent une classe plus on moins nombreuse de petits et moyens producteurs, cette voie de développement est la seule possible et rationnelle pour la victoire du socialisme.

    On dit que la production marchande doit néanmoins, en toutes circonstances, aboutir et aboutira absolument au capitalisme. Cela est faux. Pas toujours ni en toutes circonstances ! On ne peut identifier la production marchande à la production capitaliste. Ce sont deux choses différentes. La production capitaliste est la forme supérieure de la production marchande. La production marchande ne conduit au capitalisme que si la propriété privée des moyens de production existe ; que si la force de travail apparaît sur le marché comme une marchandise que le capitaliste peut acheter et exploiter pour la production ; que si, par conséquent, il existe au pays un système d’exploitation des ouvriers salariés par les capitalistes. La production capitaliste commence là où les moyens de production sont détenus par des particuliers, tandis que les ouvriers, dépourvus des moyens de production, sont obligés de vendre leur force de travail comme une marchandise. Sans cela, il n’y a pas de production capitaliste.

    Et bien, si ces conditions ne sont pas réunies, qui transforment la production marchande en production capitaliste, si les moyens de production ne sont plus une propriété privée, mais la propriété socialiste, si le salariat n’existe pas et la force de travail n’est plus une marchandise, si le système d’exploitation a été depuis longtemps aboli, comment faire alors : peut-on considérer que la production marchande aboutira quand même au capitalisme ? Évidemment non. Or, notre société est précisément une société où la propriété privée des moyens de production, le salariat et l’exploitation n’existent plus depuis longtemps.

    On ne peut pas considérer la production marchande comme une chose se suffisant à elle-même, indépendante de l’ambiance économique. La production marchande est plus vieille que la production capitaliste. Elle existait sous le régime d’esclavage et le servait, mais n’a pas abouti au capitalisme. Elle existait sous le féodalisme et le servait, sans toutefois aboutir au capitalisme, bien qu’elle ait préparé certaines conditions pour la production capitaliste. La question se pose : pourquoi la production marchande ne peut-elle pas de même, pour un temps, servir notre société socialiste sans aboutir au capitalisme, si l’on tient compte que la production marchande n’a pas chez nous une diffusion aussi illimitée et universelle que dans les conditions capitalistes ; qu’elle est placée chez nous dans un cadre rigoureux grâce à des conditions économiques décisives comme la propriété sociale des moyens de production, la liquidation du salariat et du système d’exploitation ?

    On dit qu’après que la propriété sociale des moyens de production s’est installée dans notre pays et que le salariat et l’exploitation ont été liquidés, la production marchande n’a plus de sens, qu’il faudrait pas conséquent l’éliminer.

    Cela est également faux. A l’heure actuelle, il existe chez nous deux formes essentielles de production socialiste : celle de l’État, c’est-à-dire du peuple entier, et la forme kolkhozienne, que l’on ne peut pas appeler commune au peuple entier. Dans les entreprises d’État, les moyens de production et les objets fabriqués constituent la propriété du peuple entier. Dans les entreprises kolkhoziennes, bien que les moyens de production (la terre, les machines) appartiennent à l’État, les produits obtenus sont la propriété des différents kolkhozes qui fournissent le travail de même que les semences ; les kolkhozes disposent pratiquement de la terre qui leur a été remise à perpétuité comme de leur bien propre, quoiqu’ils ne puissent pas la vendre, l’acheter, la donner à bail ou la mettre en gage.

    L’État ne peut donc disposer que de la production des entreprises d’État, les kolkhozes bénéficiant de leur production comme de leur bien propre. Mais les kolkhozes ne veulent pas aliéner leurs produits autrement que sous la forme de marchandises, en échange de celles dont ils ont besoin. Les kolkhozes n’acceptent pas aujourd’hui d’autres relations économiques avec la ville que celles intervenant dans les échanges par achat et vente de marchandises. Aussi la production marchande et les échanges sont-ils chez nous, à l’heure actuelle, une nécessité pareille à celle d’il y a trente ans, par exemple, époque à laquelle Lénine proclamait la nécessité de développer par tous les moyens les échanges.

    Certes, lorsqu’au lieu de deux principaux secteurs de production, État et kolkhozes, il se formera un seul secteur universel investi du droit de disposer de tous les produits de consommation du pays, la circulation des marchandises avec son « économie monétaire » aura disparu comme un élément inutile de l’économie nationale. D’ici là, aussi longtemps que les deux principaux secteurs de production existeront, la production marchande et la circulation des marchandises resteront en vigueur comme un élément nécessaire et très utile dans le système de notre économie nationale. Comment sera-t-il procédé à la formation d’un seul secteur universel ? Par simple absorption du secteur kolkhozien dans le secteur d’État, ce qui est peu probable (ceci pouvant être considéré comme une expropriation des kolkhozes), ou par la constitution d’un seul organisme économique national (avec des représentants de l’industrie d’État et des kolkhozes), ayant le droit d’abord de recenser tous les produits de consommation du pays et, avec le temps, de répartir la production, par exemple, sous forme d’échange des produits ? C’est là une autre question qui demande un examen à part.

    Par conséquent, notre production marchande n’est pas une production marchande ordinaire, elle est d’un genre spécial, une production marchande sans capitalistes, qui se préoccupe pour l’essentiel des marchandises appartenant à des producteurs socialistes associés (État, kolkhozes, coopératives), et dont la sphère d’action est limitée à des articles de consommation personnelle, qui ne peut évidemment pas se développer pour devenir une production capitaliste et doit aider, avec son « économie monétaire », au développement et à l’affermissement de la production socialiste.

    Aussi ont-ils absolument tort, ceux qui déclarent que, du moment que la société socialiste maintient les formes marchandes de la production, il y a lieu, soit-disant, de rétablir chez nous toutes les catégories économiques propres au capitalisme : la force de travail comme marchandise, la plus-value, le capital, le profit du capital, le taux moyen du profit, etc. Ces camarades confondent la production marchande avec la production capitaliste et estiment que, du moment qu’il y a production marchande, il doit y avoir aussi production capitaliste. Ils ne comprennent pas que notre production marchande se distingue foncièrement de la production marchande sous le capitalisme.

    Bien plus, je pense qu’il faut renoncer à certaines autres notions empruntées au Capital , où Marx se livrait à l’analyse du capitalisme, et artificiellement accolées à nos rapports socialistes. Je veux parler entre autres de notions telles que le travail « nécessaire » et le « surtravail », le produit « nécessaire » et le « surproduit », le temps « nécessaire » et le « temps extra ». Marx a analysé le capitalisme afin d’établir l’origine de l’exploitation de la classe ouvrière, la plus-value, et de fournir à la classe ouvrière privée des moyens de production une arme spirituelle pour renverser le capitalisme. On comprend que Marx se sert ici de notions (catégories) qui répondent parfaitement aux rapports capitalistes. Mais il serait plus qu’étrange de se servir actuellement de ces notions, alors que la classe ouvrière, loin d’être privée du pouvoir et des moyens de production, détient au contraire le pouvoir et possède les moyens de production. Les propos sur la force de travail comme marchandise et sur le « salariat » des ouvriers sonnent d’une façon assez absurde sous notre régime : comme si la classe ouvrière, possédant les moyens de production, se salariait elle-même et se vendait à elle-même sa force de travail. Il n’est pas moins étrange de parler aujourd’hui de travail « nécessaire » et de « surtravail » : comme si dans nos conditions, le travail des ouvriers donné à la société en vue d’élargir la production, de développer l’instruction, la santé publique, d’organiser la défense nationale, etc., n’était pas aussi nécessaire à la classe ouvrière, aujourd’hui au pouvoir, que le travail dépensé pour subvenir aux besoins personnels de l’ouvrier et de sa famille.

    Il est à noter que Marx dans sa Critique du programme de Gotha , où il analyse non plus le capitalisme, mais entre autres la première phase de la société communiste, reconnaît que le travail consacré à la société pour élargir la production, pour l’instruction, la santé publique, les frais d’administration, la constitution de réserves, etc., est aussi nécessaire que le travail dépensé pour subvenir aux besoins de consommation de la classe ouvrière.

    Je pense que nos économistes doivent en finir avec ce défaut de concordance entre les vieilles notions et le nouvel état de choses dans notre pays socialiste, en substituant aux notions anciennes des notions appropriées à la nouvelle situation.

    Nous avons pu tolérer ce défaut de concordance un certain temps. Mais l’heure est venue où nous devons enfin remédier à ce défaut. »

     

    CONCLUSION DU LIVRE:


    « La question se pose : qu’Est-ce donc que le kolkhoze possède en propre, où est la propriété kolkhozienne dont il peut disposer eu toute liberté, comme il l’entend ? Cette propriété, c’est la production du kolkhoze, le fruit de la production kolkhozienne : blé, viande, beurre, légumes, coton, betterave, lin, etc., sans compter les bâtiments et les exploitations personnelles des kolkhoziens dans leurs enclos. Le fait est qu’une partie considérable de cette production, les excédents de la production kolkhozienne arrivent sur le marché et s’intègrent de cette façon au système de la circulation des marchandises. C’est ce qui empêcha actuellement d’élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété nationale. C’est donc de ce côtélà qu’il faut activer le travail pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété nationale.

    Pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété nationale, il faut que les excédents de la production kolkhozienne soient éliminés de la circulation des marchandises et intégrés au système d’échange de produits entre l’industrie d’État et les kolkhozes. Là est l’essentiel.

    Nous n’avons pas encore de système développé d’échange de produits, mais il existe des embryons de cet échange sous forme de « paiement en marchandises » pour les produits agricoles. On sait que la production des kolkhozes cultivant le coton, le lin, la betterave, etc., est depuis longtemps « payée en marchandises » ; il est vrai que cela ne se fait que partiellement, pas en totalité, mais cela se fait tout de même. Remarquons en passant que le terme « paiements en marchandises », n’est pas heureux, qu’il faudrait le remplacer par « échange de produits ». La tâche est d’organiser dans toutes les branches de l’agriculture ces embryons d’échanges de produits et de les développer pour en faire un vaste système d’échange, de façon que les kolkhozes reçoivent pour leur production de l’argent, mais surtout les articles dont ils ont besoin. Ce système nécessitera un accroissement considérable de la production livrée par la ville au village ; il faudra donc l’introduire sans trop de précipitation au fur et à mesure de l’accumulation des articles produits par la ville. Mais il faut l’introduire méthodiquement, sans hésiter, en restreignant pas à pas la sphère de la circulation des marchandises et en élargissant la sphère des échanges de produits.

    Ce système, en restreignant la sphère de la circulation des marchandises, aidera à passer du socialisme au communisme. En outre, il permettra d’inclure la propriété essentielle des kolkhozes, la production kolkhozienne, dans le système d’ensemble de la planification nationale.

    Ceci sera un moyen réel et décisif pour élever la propriété kolkhozienne au niveau de propriété nationale dans nos conditions actuelles.

    Ce système est-il avantageux pour la paysannerie kolkhozienne ?

    Il l’est incontestablement. Avantageux parce que la paysannerie kolkhozienne recevra de l’État des produits en quantité beaucoup plus grande et à des prix meilleur marché qu’avec le système de circulation des marchandises. Tout le monde sait que les kolkhozes qui ont passé des contrats avec le Gouvernement pour des échanges de produits (« paiement en marchandises ») bénéficient d’avantages infiniment plus grands que les kolkhozes qui n’en ont pas conclu. Si l’on étend le système d’échanges des produits à tous les kolkhozes du pays, toute notre paysannerie kolkhozienne bénéficiera de ces avantages.» 

    28 septembre 1952. »  

     

    Source : https://tribunemlreypa.wordpress.com/2017/08/20/retour-sur-les-mensonges-du-rcc-chb-a-propos-de-lhistoire-economique-de-lurss/

     

    AUTRES ARTICLES SUR LE SUJET DE L'ECONOMIE DE L'URSS :

    Partie 1 >> http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/un-siecle-apres-la-revolution-d-octobre-1917-comprendre-l-histoire-de--a131034216

    Partie 2 >> http://reconstructioncommuniste.eklablog.fr/un-siecle-apres-la-revolution-d-octobre-1917-comprendre-l-histoire-de--a131101782

    ET SUR L'AGRICULTURE DE L'URSS...

    - La première opposition à l’agriculture intensive court-termiste était soviétique (Epoque Lénine-Staline) :

    http://lesvraisamisdelurss.eklablog.fr/la-premiere-opposition-a-l-agriculture-intensive-court-termiste-etait--a126356370

     

     

     

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